Je ne sais pas

Lettre i du 5 avril 2022

Je ne sais pas

Ou Cesser d’être bon élève.

A l’école, j’étais ce qu’on appelle une bonne élève. J’écoutais l’institutrice ou le professeur, je faisais mes devoirs, je ne bavardais presque pas, et surtout, j’aimais répondre aux questions parce que très souvent, je savais la réponse.

Ce n’était pas seulement pour montrer que je savais, et acquérir la reconnaissance du prof, mais aussi (et surtout) pour confirmer à l’intérieur de moi que j’avais des connaissances, ce qui me rassurait et créait une impression de sécurité. Savoir, c’était pouvoir.

C’est d’ailleurs le conditionnement qui nous est transmis par le principe-même de l’école républicaine : si on acquiert du savoir, on peut l’utiliser comme une arme pour avancer dans la vie et se faire une place dans la société.

Ces dernières années, toute cette vision a été bouleversée par des événements de vie. J’ai pris conscience que tout ce que je pensais « savoir » ne me servait pas à grand chose, si ce n’est créer une forme d’engorgement à l’intérieur de moi-même. Cela créait un trop-plein, toutes ces certitudes qui ne m’appartenaient pas, mais que j’avais simplement ingurgité et intégrées comme « vraies ».

Mes douleurs chroniques m’ont fait découvrir que la médecine actuelle ne tenait pas ses promesses, et surfait essentiellement sur le commerce du médicament de synthèse — contrairement à ce que j’avais appris à l’école.

Mes échecs relationnels m’ont appris que l’amour n’était pas comme l’affection ou l’attirance — contrairement à ce que les livres et les films me montraient.

Ma déception étudiante m’a montré que les études supérieures ne pouvaient, quel que soit leur niveau d’exigence, satisfaire la soif de profondeur de mon âme — bon, l’âme, il n’en a jamais été question, car c’est un sujet tabou, l’école est laïque, souvenez-vous.

Tous ces jugements quand on « ne sait pas ».
Quand le prof vous pose une question et que vous avez l’air bête devant toute la classe.
Toutes ces inquiétudes des parents et de leurs amis qui, dès huit ans, veulent s’assurer qu’on « sait ce qu’on veut faire dans la vie ».

Mais putain, si je te dis que je sais pas ?!

Prenons le temps.
Respirons.
Ressentons.
Dans l’intimité de notre être, il y a toutes les réponses.
Mais elles viennent quand nous sommes mûrs.
Alors pourquoi forcer les choses ?

Laissons un peu crier notre juge intérieur, celui qui répète les mots angoissés de nos parents, qui reproduit les airs agacés de nos professeurs.

Et retrouvons cette sérénité de ne pas savoir.
Comme un enfant.
Dans une joie simple et patiente.
La douceur de vivre, instant après instant.

P.S : Ce sujet est si présent pour moi en ce moment, que ça m’a inspiré un épisode de podcast. Cela faisait depuis l’été dernier que je n’en avais pas enregistré, et ça fait du bien de vous parler à nouveau dans ce format !

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