Chacun son rythme

Lettre i du 27 mars 2022

Depuis quelques semaines, le printemps s’exprime : les arbres fleurissent, tour à tour.
Certains ont fleuri dès le mois de février, comme le cerisier de mon jardin.
D’autres s’y mettent à peine.
Et on est heureux que, quand l’un perd ses fleurs pour laisser voir ses feuilles, d’autres sont à peine en train de bourgeonner et de fleurir.

Pourquoi ne faisons-nous pas la même observation candide, vis-à-vis des humains ?

Nous avons chacun notre rythme, et pourtant il y a comme l’idée qu’il y aurait un rythme optimal, meilleur que les autres, et que ce sont les meilleurs qui l’atteignent.
Par exemple, on attend d’une femme trentenaire qu’elle commence à s’activer pour faire des enfants.
On attend d’un jeune qui a la vingtaine qu’il sache déjà quelle orientation choisir, quel métier il fera à la fin de ses études.
Et on attend d’un adulte responsable qu’il ait un emploi stable et une perspective de “faire carrière” dans le domaine qu’il a étudié.

La floraison rapide, sous engrais, est-elle nécessairement la meilleure ?

C’est sûr qu’à court terme, c’est impressionnant d’efficacité.

Mais est-ce qu’à long terme, cela ne tend pas à appauvrir les sols, et à les rendre toxiques pour les oiseaux, les mammifères et les insectes ?

C’est peut-être la même chose pour les individus.
Les forcer à pousser plus vite que ce qui leur convient, c’est ce qui mène in fine au burnout, à la perte de sens, à l’absurdité, et potentiellement à la dépression.
Parfois la dépression est chronique, et on y est tellement habitué qu’on pourrait croire que cet état est normal. Mais vivre en sous-régime, en dessous de sa puissance réelle, n’est pas naturel.

Prenons l’analogie du cycle féminin : pour simplifier, en phase fertile, il y a beaucoup de créativité et d’énergie pour faire ; en phase infertile, il y a besoin de repos et de vide.

Si nous respections nos rythmes singuliers, notamment les temps de repos suggérés par nos phases infertiles, nous aurions davantage d’énergie dans nos phases fertiles.

Mais ce que nous faisons souvent, c’est de forcer l’action, même dans les phases fertiles, pour créer une régularité artificielle de notre productivité.

Pourtant, nous avons le choix.
Tout comme nous regardons les arbres fleurir avec tendresse, nous pouvons être curieux.ses de notre processus particulier de floraison, sans attente particulière sur sa rapidité ni sur son planning.
Nous n’avons pas à faire en sorte d’être comme les autres.
Nous avons le droit d’être simplement nous-mêmes.

Et c’est amplement suffisant.

P.S : On approfondit la thématique dans la vidéo ci-dessous.

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