Où que tu ailles…

tu en feras ton endroit.

Lettre i du 26 février 2022

Depuis que je prends le temps, j’ai appris à m’émerveiller.
Avec la sensation que je ne me l’étais pas autorisé avant.

Dans l’enfance, l’extérieur m’apparaissait souvent comme ennuyeux.
Les paysages de vacances se ressemblaient tous, les animaux du zoo vivaient enfermés, et les gens… ils finissaient toujours par me décevoir.

Alors, j’ai réappris.

En quittant Paris, la ville où j’ai grandi, et en explorant des lieux aux cultures différentes, dont la nature se rapproche du féérique tant elle est encore préservée de la destruction par l’homme.

Dans ces lieux, j’ai eu l’impression de me rencontrer à nouveau.

Est-ce un souvenir d’une vie passée, qui fait que je me suis sentie immédiatement chez moi au Népal ?
Les collines vertes de l’Ariège m’ont-elles charmées parce qu’elles me rappelaient les paysages de la Colombie ?

Je ne sais pas vraiment d’où est venue cette sensation de familiarité.
Mais elle était là, et elle m’a convaincue d’écouter mon intuition, et de partir, sans filet.

Aujourd’hui, installée dans la montagne, je marche dans la forêt, j’écoute les oiseaux… et je me rends compte que l’important, c’est que je fais exactement la même chose que pendant mes dernières années à Paris, que pendant mes séjours à l’étranger. Je me rends présente. Je fais de cet endroit mon endroit, je me l’approprie, en me mettant à son écoute.

Certes, il y a un tissu social, il y a un terreau qui nous attire plus ou moins dans un lieu ou un autre. Mais tout reste à faire. Se faire confiance, oser prendre l’initiative, nouer des liens avec fraîcheur, comme un enfant toujours prêt à jouer avec son voisin.

A plusieurs moments, depuis le début de la “crise sanitaire“, j’ai eu des envies de quitter le pays. Comme une envie de fuite. Comme pour soulager cette pression, ce trop-plein que je ressentais. Mais je vois bien que derrière cet instinct, il y avait surtout le besoin de me retrouver moi, de respecter mon intégrité, depuis l’intérieur.

Il ne s’agit pas de rester ou de partir, ce n’est pas vraiment la question, et le choix final importe peu.

Ce qui importe, c’est mon attitude au sein de ce choix (ou de cette contrainte, si j’ai l’impression que je n’ai “pas le choix“) : est-ce que je suis ouverte à être chez moi, où que je sois ? Est-ce que je m’autorise à être moi-même, y compris avec un partenaire imparfait ?

Ou est-ce que j’attends qu’un sauveur arrive de l’extérieur : une opportunité qui me fasse changer de situation professionnelle ou géographique, une nouvelle rencontre amoureuse… ?

L’impression que l’extérieur est responsable de nos difficultés intérieures, est le plus souvent une illusion. Elle résulte d’un cercle vicieux qui s’est formé dans notre vie, et dont on arrive plus à discerner la cause première. Celle-ci est souvent liée à un traumatisme — certains disent que notre âme l’a choisie pour pouvoir grandir au sein de l’expérience humaine.

Quoi qu’il en soit, il est possible de décider, au présent, de la regarder autrement que comme une malédiction, et de reprendre la responsabilité de ce que nous vivons. Nous portons en nous des ressources inestimables : notre sensibilité humaine nous offre la capacité à écouter profondément, à nous émerveiller, à ouvrir notre coeur… où que nous soyons, quel que soit notre environnement extérieur, notre travail, notre situation familiale ou amoureuse.

Alors, peux-tu toi aussi faire confiance que, où que tu ailles, tu en feras ton endroit ?

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