L’inutile en priorité

Lettre i du 23 février 2022

Notre éducation occidentale nous pousse à agir pour obtenir un résultat.
Être efficace.
Être productif.
Être actif.
Tout cela est valorisé.

Parfois on me dit “c’est impressionnant tout ce que tu fais”, sur le ton du compliment. Et bizarrement, alors qu’avant je me sentais flattée, aujourd’hui ça me met un peu mal à l’aise.

Parce que la quantité de choses que je fais ne définit pas ma valeur.

Et aussi, parce que je n’ai pas l’impression de “faire” tant que ça.

J’ai parfois un peu du mal à l’admettre, tant c’est loin de la réalité de beaucoup de personnes, mais… la plupart du temps, je me laisse porter. L’action émerge de façon spontanée, sans forcer.

Cette façon “organique” de fonctionner, elle n’est pas arrivée du jour au lendemain.
C’est une pratique humble et diligente qui m’y a conduite, peu à peu.
La pratique de la présence.
Sans rien attendre.
Sans espérer un miracle.
Entraîner mon attention, comme un muscle.
Me connecter à la vérité qui est déjà en moi, et surtout, lui faire confiance.

Et plus ça va, plus mon coeur me dit : “commence par l’inutile”.

Car ce qui est apparemment inutile, est en fait l’essentiel.

Écouter le chant des oiseaux avant de me lever le matin.
Saisir ma guitare au réveil, alors que je suis encore dans un état second.
Écrire quelques lignes qui ne veulent rien dire.
Dire “je t’aime”.
Faire le clown et rire aux éclats.

Et cela, avant les “contraintes”.

Au fond, les contraintes n’en sont pas. Je peux faire mes factures et répondre aux emails à n’importe quel moment de la journée. C’est moi qui décide qu’une tâche est chiante ou intéressante.

Mais en attendant d’arriver à ce niveau d’équanimité, nous avons besoin de laisser certains conditionnements nous quitter : tous ceux qui nous poussent à faire ce qui est “utile” en premier, par culpabilité.

Et si tu t’autorisais à expérimenter, qu’est-ce que ça fait de commencer par ce qui est “inutile” ?

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