Pourquoi j’aime écrire des lettres

Lettre i du 11 février 2022

Pourquoi j’aime écrire des lettres

Il y a cette lenteur.
Ce soin que je prends à penser à l’autre pendant un temps long.
Comme si je lui parlais, vraiment.
Comme si je m’asseyais avec lui et le regardais dans les yeux.
Et je me confie.
Je dis ce que je ressens, ce que je vis, ce que je traverse.
Peu de place pour les faux semblants.
Peu d’apparences à mettre dans une lettre.
C’est si sobre.

Et puis il y a ce geste soigneux pour plier la lettre, la glisser dans l’enveloppe, donner un coup de langue pour raviver la colle et refermer l’enveloppe.

Et puis il y a la liberté.
Je l’envoie, et je l’oublie.
Contrairement à la messagerie instantanée, je ne m’attends pas à une réponse.
Ou alors, j’y pense de temps en temps, mais sans savoir quand elle arrivera. Elle peut prendre des jours, des semaines, des mois… peu importe.
Je l’oublie.
Je peux vivre dans l’instant présent.

Et quand la réponse arrive, c’est une surprise, une joie.
Tout à coup, même si j’ai oublié les mots que j’avais posés dans la lettre, l’intention me revient, je m’y reconnecte.
Je me sens reconnaissante de ce temps qui a été pris, rien que pour moi, reconnaissante pour cet être qui a laissé de côté les distractions pour s’asseoir et rédiger tranquillement sa réponse, avec soin et présence.

Ce n’est pas un plaisir fugitif, comme les shots d’adrénaline des notifications.

C’est quelque chose qu’on savoure comme un vieil Hydromel.
On le laisse imprégner la bouche, on se laisse envahir par son parfum.

Il y a une véritable intimité dans la correspondance.
Certes, celle-ci peut exister à travers des emails, ou des textos.
Et le romantisme existe, là aussi…
Mais rien n’a autant de réalité qu’un papier qui a été touché, senti, sur lequel l’encre s’est déposée par vagues d’inspiration et de sentiments.

Alors oui, je recommence à écrire des lettres.
Je prends le temps.
Moins distraite par les réseaux sociaux et leur insatiabilité, j’ai le temps.
Le temps d’être présente.
Le temps de ralentir.
Le temps d’aimer, vraiment.

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