Il est temps de sortir de ma grotte

Lettre i du 6 février 2022

Il y a quelques années, j’ai vécu un effondrement.
Pendant des mois, pas d’énergie.
Pendant des mois, incapable de faire.
Pendant des mois, la tristesse et la frustration.

Et j’en ai tiré des conclusions.
Un peu hâtives, peut-être.

Que j’étais trop sensible pour vivre avec les autres — même si vivre en communauté est l’un de mes souhaits les plus chers.
Que les autres (et leurs gros sabots) étaient la cause de ma souffrance.

Je ne voulais plus être dépendante de l’amour des autres.
Ce fonctionnement m’avait trop fait souffrir, en me poussant à trahir qui j’étais.

Alors je me suis retirée du monde.
Je me suis cachée, pensant trouver la paix suffisante pour créer, et donc pour donner encore plus au monde, sans rien lui demander en retour.
Je me suis protégée, prétextant un destin d’artiste, me racontant une histoire pour mieux éviter l’autre et l’inconfort de la rencontre.
J’ai fui l’interaction et la connexion humaines, les réduisant au minimum, pour à tout prix éviter de revivre du conflit et de l’incompréhension.
Je ne voulais plus m’engager dans des relations ni dans des projets, car le risque d’être déçue était bien trop grand.

Et après ?

Quand j’ai cessé de croire à cette histoire que c’était « mon destin » que de m’isoler, et quand j’ai osé me regarder en face, j’ai compris qu’en réalité, j’avais peur.

J’ai vu cette peur.
J’ai vu la honte, aussi, celle qui me fait rebrousser chemin alors que j’étais prête à créer un lien.

Ai-je vraiment une place dans ce monde ?

Voilà la question qui me hantait.
J’ai essayé, encore et encore, d’occuper des places toutes faites, pré-mâchées pour moi.
Dans mes études, très classiques.
Mais même en devenant artiste et entrepreneur, je cherchais des modèles à suivre, afin de pouvoir rentrer « facilement » dans une place standardisée.

Mais si ma place existe, elle est tout sauf standard.
En réalité, chacun a un rôle unique à jouer sur cette Terre, et je ne fais pas exception.

Ce weekend, en assistant un stage de guérison thérapeutique pour un groupe, j’ai mesuré l’impact de ma présence sur les autres. En même temps, j’ai vu que j’avais été, jusqu’alors, inconsciente de la qualité de ce que j’apportais.

Et j’ai commencé à ressentir la responsabilité qui m’incombait.
Non, ma vie ne se résume pas à vivre paisiblement en haut de ma montagne.

Les autres ont besoin de ma présence.
Pas sur un mode sacrificiel qui m’empêcherait de me ressourcer ou de me respecter.
Pas dans un mécanisme qui m’éloignerait de moi-même et de mon axe.
Mais dans un choix conscient de remplir ma mission.

Une mission qui n’a rien à voir avec le forcing qui semble imposé dans de nombreux parcours professionnels.
Une mission qui n’a pas grand chose à voir avec l’action volontariste, et qui a tout à voir avec la présence simple et l’attention subtile accordée à l’autre, à ce qu’il vit, et surtout à qui il est profondément.

À un niveau très personnel, très égocentré, je n’ai pas envie de consacrer trop de temps à aider les autres. J’ai plus de plaisir à jouer, à créer en permanence, de façon totalement gratuite. Et je sais qu’à un certain niveau, mes créations aident les autres.

À ce niveau-là, c’est aussi plutôt agréable d’être solitaire. Je trouve de la compagnie dans la nature, les animaux, la musique. Sans m’encombrer des complications humaines.

Mais au fond, la vie me montre, de manière surprenante, que quelle que soit l’activité que je pratique — chanter des chansons, écouter l’autre et lui apporter un éclairage conscient, écrire des poèmes et des textes — ce qui compte, c’est la qualité de présence et de sincérité qui s’y trouve.

Car c’est à cet endroit-là que mon être touche les autres.
A un endroit simple, doux et vulnérable.
A un endroit parfois inconfortable, mais si vrai qu’il est difficile de nier ce qui se passe.

Alors il faut assumer.
Il faut que j’assume ce que je suis, cette présence qui m’habite et qu’il est, en fait, impossible de cacher.
Il faut que je cesse de diminuer ma lumière, de la tamiser, par peur de faire de l’ombre, par peur de ne plus être aimée parce que j’aurais brillé trop fort.

Parce qu’au fond, je m’en fous de briller.
Ce qui compte, c’est la connexion que cet éclat permet.
Ce qui compte, c’est la lumière que l’autre trouve en lui, au moment où il se met en lien avec moi.

Ce qui compte, c’est la guérison profonde qui se fait, en chacun de nous, au moment où nous nous autorisons à être, complètement.

Laisser un commentaire