Ce qui se cache derrière notre « envie de faire le bien »

Lettre i du 7 février 2022

Autrement dit, ce qui se cache derrière notre personnage de justicier.

Nous en avons tous un, au fond de nous.

Celui qui se met en colère quand il pense connaître la vérité, et la voir bafouée devant ses yeux.
Celui qui voit l’irresponsabilité partout autour de lui, et qui accuse sans cesse les autres de causer le malheur collectif.

Il est assez facile à reconnaître, en fait.
Il porte des valeurs très hautes, qu’il considère être essentielles à la vie humaine.
Il parle de dignité, de combat pour la vérité et pour l’amour.
Il peut parler au nom de beaucoup de choses, souvent très nobles d’ailleurs.

Mais la manière dont il parle est différente de l’intention qui le guide réellement.

Son intention, au fond, est davantage personnelle qu’il n’y paraît.

Il prétend défendre le bien commun, mais…

Il veut surtout avoir raison et être reconnu comme celui qui avait raison.
Il veut être un héros.
Il veut avant tout être aimé.

Il prétend suivre des règles appartenant à un cadre sécurisant pour tous, mais…

Il utilise surtout ce cadre pour se sécuriser lui-même.
Il ne vérifie pas la pertinence de ce cadre pour chacun.
Il veut avant tout être aimé.

Alors, et si nous cessions de croire à cette illusion qu’a forgé notre ego ?
Et si nous cessions de nous prendre pour ce personnage qui prétend restaurer la justice ?
Et si nous admettions avec vulnérabilité, avec honnêteté, qu’au fond, nous recherchons un regard aimant qui pourrait se poser sur nous ?

Au fond, nous savons bien que l’amour véritable ne peut se trouver à l’extérieur.
Et nous avons peut-être honte d’être encore mus par des motivations infantiles, une quête affective « ridicule » pour un adulte…

Mais il est temps de constater que nous sommes en chemin.
Ce n’est même pas une histoire de « l’accepter ».
Juste d’observer.

Oui, je suis un être humain, et j’ai mes failles.
C’est seulement en les reconnaissant, en acceptant de les voir, que je peux avancer avec elles, en amitié et en coopération, plutôt que dans le déni et l’impuissance.

Il n’est pas facile de lâcher cet attachement, cette idée que « je sais ».
Il n’est pas facile de se rendre, de dire « je ne sais pas ».
Il n’est pas facile, après tout ça, de faire confiance.

Et c’est pourtant ce qui nous est demandé.

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