Lettre ouverte : Invitation à penser

« Je n’ai pas le temps d’aller vérifier les informations. » 

Voici ce que me disait, hier, quelqu’un avec qui j’échangeais sur la crise actuelle, et qui suit l’actualité via les médias de masse, par défaut, par facilité.

Depuis la révolution industrielle, et particulièrement depuis les années soixante, les avancées techniques et technologiques ont été un excellent prétexte pour pousser les individus à se concentrer avant tout sur des choses matérielles : plaisirs superficiels, manières de paraître et de montrer un certain statut, possessions en tous genres. Un véritable booster pour la consommation, et donc, apparemment, pour l’économie (étant donné que l’on mesure, et jusqu’à aujourd’hui, la santé de notre économie par un indicateur aussi limité que le Produit Intérieur Brut). 

Ce qui n’a pas été vu par la population, aveuglée par la joie d’avoir accès à tant de produits et services, c’est les effets « secondaires » de ce consumérisme poussé à l’extrême. Ce dernier a créé chez nous des habitudes, auxquelles nous nous sommes attachés, au point d’en faire un élément constitutif de notre culture. Nous avons peur, par exemple, de ne plus avoir de vie sociale et amicale, si nous n’allons plus au restaurant ou au cinéma. Nous sommes habitués aux commodités de la ville, si bien que beaucoup de personnes ne peuvent pas imaginer vivre une vie plus contraignante, en lien avec la nature et les saisons. 

Nous sommes habitués à ce que tout soit « facile », « pratique », et surtout « rapide ». Observez bien les publicités autour de vous : toutes les promesses se basent sur la rapidité du résultat obtenu. Pourquoi ? Parce qu’on joue sur la pensée de court terme, véhiculée essentiellement par la peur. Cette peur prend racine dans nos blessures de l’enfance, qui, encore vivaces aujourd’hui, contrôlent une grande partie de nos décisions.

On n’est jamais totalement victime, ni totalement responsable.

Des tonnes de facteurs contribuent à ce qu’on choisisse une certaine direction.

Les forces qui sont au « pouvoir » nous font croire que nous sommes impuissants, que nous devons nous soumettre aux lois qu’ils ont définies parce qu’elles arrangent leurs portefeuilles. 

Ces forces parviennent à convaincre une partie de la population qu’il faut se reposer sur elles, croire leurs discours sur ce qui est Bien et Mal, et se ranger « du bon côté ».

Elles appuient donc sur le bouton de la peur, et déclenchent en nous la carte de la lâcheté.

En cela, nous sommes en partie victimes de quelque chose d’extérieur.

Mais c’est là que notre réflexion doit continuer. Parce que c’est exactement ce qu’ils veulent que nous pensions : que le pouvoir est à l’extérieur, que ce sont eux qui déterminent notre liberté et notre bonheur, par les décisions arbitraires qu’ils prennent au petit matin.

En réalité, nous avons aussi une part de responsabilité, dans la manière dont nous avons accepté, jusqu’à maintenant, de vivre les yeux fermés, de fonctionner selon un modèle irrespectueux de l’humain et du vivant. Et nous avons encore le choix, aujourd’hui, de changer d’avis, de changer de mode de vie, de changer de travail, de changer de quotidien. Nous avons encore le choix de dire non, de refuser que notre cerveau soit accaparé par le harcèlement systématique des médias et des annonces gouvernementales. Nous avons encore le choix de travailler sur nous-mêmes, pour trouver plus d’autonomie, de souveraineté, de vérité, à l’intérieur de nous. Nous avons encore le choix de libérer nos vieilles peurs pour devenir moins manipulables, plus libres, plus épanouis, rayonnants de lumière pour celles et ceux qui nous entourent.

Parfois, on me dit que je suis idéaliste — à l’opposé, sans doute, du matérialiste. 

Il y a sans doute là un peu de vrai. Car je prends souvent mes décisions en fonction de l’âme, avant toute chose.

Mais se battre pour les droits humains, ce n’est pas être idéaliste.

Car les droits humains se manifestent très concrètement, dans des actes de solidarité, d’entraide et d’amour.

Car les droits humains ne sont pas des idées, ni des idéaux. Ils existent déjà, et se manifestent déjà, de manière souvent invisible.

Les institutions ne peuvent pas établir une vérité figée sur ce à quoi ces droits doivent ressembler.

C’est selon moi une imposture.

Je choisis de ne pas baser ma définition des droits humains sur des institutions qui sont corrompues depuis leur création — si ça ne vous dit rien, faites quelques recherches sur la Révolution française et les conditions de mise en place de la République (tant et tant romancée par nos chers livres d’histoire), cela vous éclairera peut-être.

Je choisis de ne pas compter sur les institutions pour m’autoriser (ou pas) à vivre librement et paisiblement.

Alors ceux qui préfèrent ne pas réfléchir pourront aisément me mettre dans une case, selon la tendance du moment, selon leur préférence : complotiste, anarchiste, souverainiste, et j’en passe… Cela m’importe peu. Je m’adresse ici à ceux qui osent encore se poser des questions, à ceux pour qui l’esprit critique a un intérêt.

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