Notre intelligence

Newsletter du 27 octobre 2021

Renouer avec mon corps. Faire la paix avec lui. Ce corps qui me le rend si bien, quand je l’écoute, quand je prends le temps, quand je suis son rythme, ses cycles, ses besoins… Oui, quand je le fais, il me montre la puissance que peut avoir mon énergie. Mon corps fait partie de moi, il vibre avec mon être. Pourquoi le mépriser, le fuir, en avoir peur ? Peut-être parce qu’à chaque instant il me rappelle que je ne pourrai échapper à la mort, que tout est impermanent, que rien ne dure. Mon ego croit que c’est dangereux de sentir ça… alors que c’est libérateur — je l’ai bien vu et compris lors de mon expérience de Vipassana. La sagesse du corps. Mon corps sensible, mon corps divin. Devin, peut-être ?

Et pourtant, je l’aime, je le savoure, dans sa beauté et ses douleurs incompréhensibles, incomprises donc. Le corps n’est pas un objet ni une machine. Ce n’est pas quelque chose d’extérieur à moi, que j’utilise. Ce n’est ni une décoration, ni un outil, ni une arme. C’est un aspect de mon être : sa partie incarnée. Chacune de mes cellules, chargée et encodée par mon ADN, vibre avec les strates plus subtiles, avec mon âme. Tout est en résonance, tout est lié. Se consacrer à l’âme en négligeant le corps serait une folie. Le fait-même de les séparer (pour se rassurer, sans doute, et se dire qu’on ne souffrira pas quand le corps sera mort) est contre nature. L’humain est fait pour faire lien, et il le fait avec son corps, en adoptant la position debout, en mettant les mains dans la Terre, en regardant le Ciel, en interagissant physiquement avec l’autre. 

D’ailleurs, ce qui fait la Vie et ce qui permet au corps de s’animer (du latin anima, l’âme), ce sont les fluides. Fluides énergétiques, fluides corporels aussi (mucus, sang, urine, salive, acides, fluides génitaux…). Pourquoi tant de tabous et de honte autour de ces fluides corporels ? Notre société les a stigmatisés, comme s’ils étaient « sales », synonymes de maladie, donc de mort, révélateurs d’une animalité répugnante. 

Oui, il nous est difficile d’accepter ce statut hybride, entre l’animal et la divinité. L’animal est à l’horizontale, c’est sa manière de faire lien. L’humain est à la verticale, mais doit apprendre à faire lien dans les différentes directions : vers le Ciel (spiritualité), vers la Terre (incarnation), vers ses semblables (relation spirituelle et incarnée). Une Trinité, en somme. Position ingrate, douloureuse, difficile. Sacrificielle, parfois. 

Incarner qui l’on est vraiment, demande beaucoup de courage, parce qu’on sait que c’est risqué. L’humain évolué qui ose ce mariage, est l’homme de la transition, de l’entre-deux, du passage d’un monde à l’autre. Alors il sera nécessairement incompris de ceux qui s’accrochent à l’ancien et résistent à la Vérité. Les visionnaires ont, de fait, rarement été écoutés de leur vivant. La Vie ne leur promet ni la gloire, ni la renommée. Et c’est bien pour ça qu’ils atteignent l’inatteignable, qu’ils font des miracles : ils ont bien compris que l’essentiel n’est pas dans la reconnaissance extérieure, mais dans l’accomplissement de leur destinée à travers l’action juste. Oser transmettre, oser dire le message qui les habite, sans craindre la critique ni les racontars. Avec la confiance que seuls les enseignements de valeur resteront et inspireront le monde, tôt ou tard. Être le corps, en toute humilité. Tout petit, fragile. En contact avec la Toute-Puissance, cependant. Comme « branché » à la Source. Pas besoin d’en dire trop. Juste quelques mots, déposés. Et le lien se fait tout seul.

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