Se respecter

Newsletter du 8 septembre 2021

L’autre jour, je participais à une séance de QiGong, une pratique corporelle et énergétique qui est, en fait, une forme de méditation en mouvement. A la fin de l’heure, celui qui nous guide dans la session nous propose un moment de partage. J’évoque le fait que dans les derniers mouvements, j’ai beaucoup ralenti pour suivre mon propre rythme, en lâchant l’idée qu’il y ait une « bonne » manière de faire (par exemple, une bonne manière de coordonner les mouvements à la respiration, une bonne vitesse…). Tout simplement parce que je me rendais compte qu’en ralentissant, je me rendais plus présente à mon corps et à ses ressentis. Sa réaction a été intéressante : il a appuyé mon initiative, d’abord en encourageant cette écoute de soi, puis en parlant de l’importance d' »expérimenter ». Cela a fait écho à ce que disent parfois certains adultes à propos des enfants : « il a besoin d’expérimenter pour se rendre compte par lui-même » (sous-entendu, « de la vérité, de ce qui est Bien et Mal »).

Et ça m’a questionnée.

Parce que la plupart des individus, y compris dans les milieux friands de connaissance de soi et de spiritualité, sont en recherche d’une sorte de guide, une personne sur qui on peut compter pour nous dire quoi penser, quoi faire, quoi ressentir… afin de nous décharger de la responsabilité de prendre soin de nous, de nos valeurs, de notre intégrité. Nous voulons croire que oui, nous pouvons simplement suivre quelqu’un aveuglément.

Selon moi, l’idée d’une « vérité unique » à laquelle on pourrait se raccrocher, est un piège.
En particulier lorsqu’elle vient d’un être humain extérieur (et pas d’une inspiration spirituelle personnelle et intime).
En particulier lorsqu’elle vient d’un individu qui a tout intérêt à conserver du pouvoir sur nous.


Parfois, on est différent de ce que le modèle « général » suggère ; par exemple, on ne rentre pas dans le « moule » de l’école. Sur le coup, c’est assez désagréable, on se sent exclu : on a tous connu un prof qui traitait le dernier de la classe de « cancre », qui lui disait qu’il était « nul ». Quand on est face à ce genre de jugement, on peut croire que c’est nous, le « problème », que ce serait à nous de changer, de nous adapter. Comme si on avait un « défaut de fabrication ».

Mais cette différence donne l’opportunité de se poser la question : est-ce que c’est vraiment moi le problème ? Ou est-ce que je n’aurais pas simplement besoin d’adapter ma manière d’apprendre à mon fonctionnement ? 

Quand on est performant dans le système et qu’on s’y adapte bien (ce qui était mon cas, puisque j’étais dans la case « bonne élève » jusqu’à la fin de mes études, et principalement jusqu’à mes vingt ans), c’est plus « facile » de continuer à le suivre sans se poser de questions. On se sent intégré et valorisé, alors on se dit que ce système est sécurisant et qu’il nous arrange bien. 

Du coup, on « suit » le mouvement, prétendant qu’il nous est imposé, et qu’on « n’a pas le choix ».

En réalité, on choisit de suivre, pour éviter les emmerdements (les conflits, les punitions de l’autorité) — ça, c’est la surface — et surtout pour éviter de regarder en face l’état pitoyable du système en place (et donc de tomber dans un profond désespoir, qui peut aller jusqu’à la dépression, voire jusqu’au suicide) — ça, c’est la profondeur.

En fait, si on voit les choses avec honnêteté, on peut effectivement ressentir du désespoir, mais on peut aussi prendre sa responsabilité individuelle et se poser la question : comment je contribue à nourrir ce système, en moi, dans mes relations, dans ma manière d’éduquer mes enfants, dans ma manière de traiter mes collaborateurs ? 

– Suis-je capable d’écouter avec sincérité et compassion ? Suis-je prêt.e à apprendre à le faire ?
– Suis-je prêt.e à reconnaître mes erreurs, et à faire passer le lien avant le jeu de « qui a raison, qui a tort » ?
– Suis-je assez courageux.se pour oser exprimer un désaccord alors que j’ai la sensation d’être le/la seul.e dans le groupe à penser/ressentir cela ?
– Est-ce que je travaille à exprimer mes limites dans les relations, à dire quelles valeurs sont importantes pour me respecter moi-même ?

Je te laisse avec ces quelques questions, food for thought comme diraient les anglophones (à manger pour ta pensée).

N’oublie pas que l’esprit critique est ton ami, y compris en ce qui concerne cette newsletter.

N’oublie pas que tu as le choix.
N’oublie pas que tu portes en toi une puissance infinie.
Merci d’exister.

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