Le territoire

Newsletter du 14 août 2021

Depuis quelques mois, j’ai emménagé seule dans une maison. Le fait d’avoir enfin mon « chez-moi » est à la fois plaisant et vertigineux. En vivant proche de la nature, je découvre aussi l’étendue de la vie non-humaine qui y prend place. De petits chats dans mon jardin, des souris qui, pendant un temps, ont colonisé mes placards, un lézard dans ma chambre… Je découvre à quel point la notion de « propriété » est discutable : nous partageons la Terre avec de nombreuses espèces, et nous avons tenté de les apprivoiser, de les enfermer, mais il y a toujours de la « résistance », des animaux qui demeurent sauvages ou qui se contentent de profiter de notre confort sans pour autant nous rendre un « service » en donnant leur peau.

On pourrait croire que chez l’homme « civilisé », la notion de territoire, comme elle existe chez les animaux sauvages, serait inappropriée. Mais ce que j’ai observé, c’est qu’en réalité elle est encore prédominante dans les rapports humains. 

Combien de patrons se sont-ils débrouillés pour licencier quelqu’un qui risquait de leur mettre des bâtons dans les roues ?
Combien de femmes ont-elles usé de stratagèmes pour éviter que leur compagnon ne soit séduit par d’autres femmes ?

Et combien de projets collectifs prometteurs se sont-ils écroulés parce que chacun cherchait à avoir raison plutôt que d’écouter réellement l’autre ?


Le territoire, c’est posséder l’espace, et cela passe souvent par posséder l’autre

Et posséder l’autre, cela passe aussi par posséder sa pensée, en le convaincant qu’on a raison.

Défendre son territoire n’est pas chose facile, quand on est dans une démarche de bienveillance et de non-violence. 

Comment chasser des souris pacifiquement ? 
Comment se sentir aligné avec son projet de coeur, sans pour autant écraser les autres et ignorer leur avis ? 
Comment dire non à une proposition, sans rejeter la personne qui l’a faite ?


Comment distinguer le discernement, et la décision impulsive qui relève de l’abus de pouvoir ?

Toutes ces questions me taraudent en ce moment.

Peut-être parce que finalement, je me suis toujours questionnée sur comment diriger sainement et durablement le collectif dans la direction la plus saine… 

Peut-être aussi parce que nous vivons une période charnière, où tous les mécanismes de pouvoir en place depuis des siècles, commencent à trouver leurs limites.

Chacun a droit à son territoire, pour se développer et exister pleinement dans son individualité.
En même temps, aujourd’hui, la situation collective semble nous demander de lâcher notre attachement à certaines habitudes, pour nous préoccuper de l’avenir de l’humanité, qui n’aura simplement pas lieu sans une grande vague d’évolution spirituelle — une sagesse incarnée.

Mais quand il perçoit que ses habitudes sont mises en danger, l’individu se voit souvent pris au piège, principalement sous deux formes : (1) la soif de pouvoir et de domination ; (2) la soumission ou la fuite, pour assurer sa sécurité. Finalement, cela rejoint les mécanismes de défense du cerveau reptilien (celui qui assure la survie) : attaque, fuite, pétrification.

Est-il possible de sortir de ces mécanismes de survie ?

J’estime que oui, à condition de mettre de la conscience dessus, et d’avoir envie de s’en libérer. Car ils sont parfois si ancrés qu’ils nous paraissent confortables et presque « appréciables ». 

Ce qui nous motive, le plus souvent, à démarrer cette recherche, ce sont nos échecs relationnels : la difficulté à se comprendre profondément, les malentendus, le lien qui se brise parce qu’on était trop concentrés sur nos désirs et nos avis personnels… 

Alors accrochons-nous ! Accrochons-nous à cette aspiration, cette envie d’être connecté à l’autre, et commençons l’exploration : quel petit pas puis-je faire, aujourd’hui, pour écouter l’autre, sans pour autant me laisser envahir ?

Laisser un commentaire