Oser sa puissance

Newsletter du 4 août 2021

J’ai toujours senti que j’avais en moi beaucoup de puissance. J’ai aussi remarqué, très tôt, qu’il ne fallait pas trop en parler.

Parce que dans la société, c’est mal vu, quelqu’un qui ose prendre de la place. On a l’impression qu’il se prend pour le chef, qu’il veut diriger et contrôler les autres, à son propre avantage. Et on a de bonnes raisons de penser ça, quand on observe l’Histoire et les siècles de domination, d’une classe sur l’autre, d’un peuple sur l’autre, d’une idéologie sur l’autre, etc. etc. Forcément, nous sommes nombreux à avoir perdu confiance en ce rôle de dirigeant. Si certains continuent à obéir aveuglément à l’autorité des « supérieurs », une grande partie des gens voient essentiellement le dirigeant comme un oppresseur : quelqu’un qui impose sa vision et ses choix, quelqu’un qui régit, depuis là-haut, les réalités d’en bas, avec un mépris certain pour le quotidien des gens.

Le problème, c’est qu’en considérant que toute forme de leadership est un piège, on jette le bébé avec l’eau du bain.

Dans les milieux dits « alternatifs », qui cherchent à établir de nouveaux modèles de gouvernance censés être plus « justes » et équitables, il y a souvent un idéal d’horizontalité, où on se passerait de leader. Le résultat, c’est que très souvent, les projets s’effondrent, parce que le cadre « démocratique » ou « anarchique » ne suffit pas à éradiquer les problématiques d’ego.

Oui, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Peu éduqués à connaître et mobiliser notre puissance individuelle, nous devons reconnaître que, pour fonctionner en groupe, nous avons encore besoin d’être guidés. Dans un monde idéal, certes, nous serions suffisamment évolués spirituellement pour que tout le monde s’harmonise et que la paix règne. Mais ce n’est pas le cas. Même dans les environnements qui clament haut et fort les valeurs d’humanisme.

Bon, et par où commencer ?

Individuellement, par la prise de conscience d’où nous en sommes dans la connexion à notre puissance. A quel point l’avons-nous refoulée ? En avons-nous honte, peur ? Qu’est-ce qu’on pourrait accomplir si on osait la laisser circuler à l’intérieur et se répandre à l’extérieur ?

Collectivement, ensuite, par une meilleure communication pour comprendre nos différences et ouvrir nos coeurs les uns aux autres. Parce qu’aucune collaboration ne peut se faire sur la base d’un groupe de coeurs fermés et réticents. Et par la définition d’un cadre, et d’un leader qui ait la sagesse suffisante pour ne pas tomber dans le piège de la soif de pouvoir. Comme dit Lao Tseu, l’idéal est peut-être quelqu’un qui n’ait pas le désir de régner, et qui soit véritablement à l’écoute des besoins de la communauté.

J’ai la conviction que toutes nos missions individuelles se connectent, comme pour former un grand orchestre. Mais un orchestre sans chef aura du mal à tenir très longtemps. Il jouera peut-être un morceau qu’il a beaucoup répété, mais dès qu’il faudra déchiffrer quelque chose de nouveau, ce sera la cacophonie. Le chef d’orchestre leur donne le tempo, leur explique le sens du morceau, et surtout, il fait silence, pour les amener à écouter.

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