Hypersensible

Newsletter du 10 juillet 2021

Ça fait quatre nuits que je ne dors pas — ou très mal. Je suis dans un lieu quasi abandonné, où ma famille ne se rend que quelques fois par an, pour entretenir la maison et retrouver des souvenirs. Un lieu chargé. Chargé d’histoire, chargé d’émotions et d’énergies encore bien présentes. Et je sens tout cela. Et je suis la seule à le sentir si fortement. Hypersensible, diront certains. Je suis persuadée qu’on l’est tous, et que ça s’exprime différemment, selon plein de facteurs. Depuis maintenant sept ans que je travaille quotidiennement sur mon énergie, ma sensibilité s’est encore accrue. C’est paradoxal, mais quand j’ai commencé à méditer, c’était pour apaiser des douleurs. 

Finalement, ça me permet aussi d’ouvrir de plus en plus de canaux de perception, ce qui est à la fois puissant et effrayant. Parce que ce n’est pas toujours facile à gérer. Et parce que, la plupart du temps, les autres ne comprennent pas et ne peuvent me soutenir. Ils cherchent des explications rationnelles : la qualité de la literie, les petits bruits auxquels je ne suis pas habituée. Mais ici, je ne sens que cela : l’étouffement, l’enfermement, et la colère. Mes mâchoires sont serrées au maximum, faisant siffler mes oreilles dès le matin. Ces émotions, ces sensations, elles ne m’appartiennent pas complètement. Elles viennent de plus loin, bien plus loin. La sensation d’être esclave, de ne pas avoir de liberté. La sensation d’être forcée. La sensation d’être complètement seule face à un destin que je n’ai pas choisi. Tout cela, ça s’exprime jour et nuit, quand je suis ici. 

Mais les autres n’aiment pas que j’en parle. Parce que c’est « négatif », et on veut garder de bons souvenirs des moments passés ici. Cela me rappelle pourquoi j’avais du mal à me faire des amis au lycée. Rien que ma présence faisait peur. Je ne riais pas aux plaisanteries banales des groupes de filles. Je ne flattais personne, parce que je n’admirais personne, et pour cause : je voyais clairement ce que chacun cachait. Quand j’avais le malheur de l’exprimer, je me retrouvais rejetée du groupe. Exprimer ce que tout le monde essaie de ne pas voir, c’est le mauvais rôle.

J’ai choisi ce rôle parce que quand je sens quelque chose, quand je vois quelque chose que les autres ne perçoivent pas, je me sens responsable. Certes, ce n’est ni confortable ni agréable, mais au moins j’évite de me trahir. Alors non, je ne censurerai pas ce que je ressens, même si ce n’est pas politiquement correct.

Être hypersensible, c’est ressentir tout intensément, la lumière comme l’ombre, les difficultés comme les réussites, le plaisir comme la douleur. Être hypersensible, c’est être hyper-vivant. On nous le reproche souvent. Peut-être parce qu’au fond, c’est un super-pouvoir qu’on nous jalouse. Peut-être parce qu’au fond, notre magie fait peur. Tout comme celle des sorcières. Tout comme celle de ceux qui choisissent de s’émanciper de la masse. Parfois, on ne choisit pas consciemment, c’est comme ça, c’est notre raison d’être : créer quelque chose de nouveau. 

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