Tout proche

Newsletter du 26 mai 2021

Que te dire ? Aujourd’hui, c’est difficile de trouver les mots. Cela fait plusieurs jours que c’est difficile. Comme si les mots ne suffisaient pas, ne suffisaient plus à exprimer tout ce qui me traverse. Et pourtant, Dieu sait que j’ai écrit. Je n’arrête pas d’écrire. Parfois, je me couche sans envie, et je prends quand même mon journal, juste histoire de… quarante minutes plus tard, je me rends compte qu’il n’est plus minuit mais minuit quarante. Eh oui, ça va vite, mais ça prend du temps.

Le temps. C’est cette chose qui s’écoule je ne sais trop comment, ce truc mystérieux qui arrive par derrière, ou par devant, je ne sais pas trop. Un temps qui devient long, depuis que je suis ici, dans cet écrin de verdure où les oiseaux ne se lassent jamais de chanter. Ici, le temps change – le climat, je veux dire. En une journée, il y a du soleil, des nuages, du vent, et parfois de la pluie. Si bien que si je mets mon linge à sécher au soleil le matin, je dois surveiller ce qui se passe pour ne pas le retrouver trempé en fin d’après-midi (ce qui m’est arrivé l’autre jour). Ce climat me rappelle un peu le climat équatorien, celui de Bogota, en Colombie, dans ces mystérieuses montagnes andines. Ou bien celui du Népal, le premier pays qui, quand je l’ai découvert, m’a attrapée comme si je lui appartenais, avec ses terrasses toutes vertes et ses aigles qui planent. Un aigle qui plane, j’en ai vu un, hier. Il volait étrangement bas, tout près de ma maison. Sans doute se rapprochait-il d’une proie. Il était si proche…

Ici, en apparence, je suis loin de tout. De l’agitation de la ville, des bruits de moteur et de klaxons, du tintamarre humain et inhumain de notre société. Je suis proche, en revanche, de la nature. Les lézards n’ont pas peur de se glisser entre les pierres à quelques centimètres de moi. Je suis bien inoffensive, une géante aux pieds d’argile, en train d’écrire, bêtement, alors qu’eux s’affairent pour trouver de la nourriture… ou pour prendre leur dose de soleil. Loin de tout ce qui a fait mon passé, loin de la carrière monumentale que je pensais construire, loin des rêves de communauté idéale. Non pas que je sois coupée de tout, car dans mon village il y a quelques activités, quelques jeunes qui font revivre une vallée jusque-là délaissée par l’exode rural.

Le silence, en tout cas, me rapproche de moi-même, et de l’essentiel. Il m’est plus difficile de m’échapper dans le superflu. Très vite, la réalité de la beauté me rattrape. Je suis touchée en plein coeur. J’arrive à ressentir tant de choses, quand je m’ouvre à l’instant, offert par cette solitude… 

Alors pourquoi est-il si difficile de me laisser toucher, quand l’autre est présent ? C’est une des questions que j’aborde dans le nouvel épisode de Minute par Minute, le podcast sur les ruptures et transitions. Il s’appelle Proche de ma nature. J’espère qu’il te plaira.

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