La transition est ma maison

Newsletter du 12 mai 2021

Ce soir, dans mon bain, je pensais à cet ami qui est parti à Barcelone rendre visite à sa copine. Et ça m’a fait penser à moi, il y a deux ans. J’avais aussi un amoureux, qui est venu me voir à Barcelone, un mois après que j’y étais partie. Quand j’étais là-bas, j’ai vécu beaucoup d’intensité et de souffrance. Je travaillais en service civique dans un centre socio-culturel, et il y avait cette volontaire, Guadalupe, à qui je m’étais confiée. Je me souviens d’une phrase qu’elle avait dite au début de mon séjour : « Barcelone est une ville qui t’appelle dans des moments bien particuliers. Elle ne te laisse pas tranquille, elle te met face à ce que tu voulais fuir. » Pour moi, Barcelone a en effet été un lieu révélateur. C’était aussi un lieu de transition. Dans la souffrance que j’ai rencontrée là-bas, j’ai compris que je n’étais pas éternelle, que mon corps était sensible aux blessures de mon coeur et aux fardeaux de mon histoire. J’ai aussi pris conscience que je serais peut-être toujours « en transition ».

Aujourd’hui, je fais le pas d’emménager dans un nouveau lieu. Une maison et un terrain qui, selon la loi, m’appartiennent. D’une certaine manière, je pourrais me dire que je suis « arrivée ». Mais comme dans la chanson « Desaparecido » de Manu Chao, « mon coeur est un moteur qui ne s’arrête jamais de tourner ». Alors, les transitions, elles continuent de se faire. A l’intérieur, comme à l’extérieur. 

La transition est ma maison.

L’instant présent est le seul qui est vraiment là. Et encore, j’ai toujours une seconde de retard sur lui. Il est impossible pour mon cerveau cartésien de saisir sa nature. La seule chose que je peux faire, c’est m’y abandonner. M’abandonner aux secondes qui passent, tic tac, tic tac.

Le changement est là, que je le veuille ou non. 
Quand j’arrête de le fuir, il arrête de me poursuivre.
Il est simplement là, avec moi.

On se repose, ensemble. 

On s’apprivoise, comme deux amants qui se dénudent et se découvrent en souriant, pudiquement mais avec désir et curiosité.

Faisons l’amour au changement. 

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