Ressentir, à nouveau

Newsletter du 6 mai 2021

Le temps est bizarre. Parfois il s’allonge, et parfois il raccourcit. Ça dépend de plein de choses. Est-ce que je suis vraiment attentive ? Est-ce que je me sens détendue, stressée, pressée… Souvent, si je dis « je n’ai pas le temps », ça veut dire qu’en fait je suis stressée et je n’ai pas de disponibilité intérieure pour oser « prendre le temps ». C’est souvent une excuse pour me protéger, pour ne pas essayer quelque chose de nouveau, pour ne pas rentrer en interaction avec l’autre. Pourquoi ça ? Parce que l’autre fait souvent ressortir des blessures profondes, auxquelles je ne suis pas toujours prête à me confronter. Parce que parfois je suis fatiguée de ressentir, et je préfère m’anesthésier.

Il y a quelques jours, j’ai rencontré le propriétaire d’un lieu dans lequel j’envisage d’organiser une retraite. Lors de nos échanges, il a évoqué qu’on était souvent en apnée. Subitement, je me suis mise à observer ma respiration, et j’ai remarqué que j’avais en effet tendance à la retenir. C’est particulièrement fort dans les moments où je suis inconfortable, stressée, mal à l’aise. Et cet inconfort, il arrive souvent… quand je suis en présence d’autres personnes. Parce qu’il m’est difficile d’être vraiment détendue quand l’autre est là. J’ai souvent peur d’être jugée, ou mal comprise. J’ai souvent peur de m’attacher, puis d’être déçue. J’ai souvent peur de ne pas pouvoir être moi-même.

Alors hier soir, en écrivant dans mon journal, j’ai tâché de surveiller que ma respiration restait constante. Je remarquais quand elle s’arrêtait, et je l’aidais à repartir, entre deux phrases posées sur le papier. Et c’est là que j’ai commencé à ressentir, à nouveau. Les émotions sont devenues plus palpables. J’étais moins dans ma tête, et je pouvais écrire tout en étant dans mon corps, connectée à l’intensité de l’instant. Non, il ne s’agissait plus de simplement décrire ma journée, ou de décharger les pensées qui occupaient mon esprit. Il s’agissait de m’autoriser à ressentir.

Et honnêtement, c’est la première raison pour laquelle j’écris. C’est comme si c’était un retour aux sources. Oui, j’écris pour m’autoriser à ressentir. J’écris pour dire tout bas ce que je ne parviens pas à dire tout haut. J’écris pour étaler les sentiments que je n’ai jamais pu confesser. J’écris pour accueillir ma sensibilité et ma singularité.

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