C’est du passé ?

Newsletter du 19 avril 2021

Paris. Y retourner. L’apprivoiser, à nouveau, avec tout ce qui a changé, et tout ce qui est resté. Sa beauté, sous le soleil du printemps. Les immeubles haussmanniens et le Panthéon, imperturbables. La blancheur des fenêtres, et le gris du pavé où osent encore traîner quelques mendiants, non masqués, eux.

Et tous ces souvenirs. Ceux de l’école, du lycée. Ceux des amants perdus et retrouvés. Mes premiers concerts d’orchestre, l’excitation d’exister, de se montrer, de se créer un style, une identité propre. Grandir. Sans trop savoir pourquoi j’étais là où j’étais. 

Je me sens à la fois loin et proche de cette ville. Sa richesse, ses contrastes, sa violence et sa douceur parfois, quand un coucher de soleil se profile sur la Seine après le couvre-feu, et que le calme s’installe, ponctué de quelques roucoulements de pigeons, les derniers avant la nuit qui s’annonce lourde.

Oui, des nuits lourdes depuis un an. On se demande qui sont ces badauds qui continuent à faire du boucan à une heure du matin, le samedi soir. N’ont-ils toujours pas compris la règle ? Font-ils mine de l’ignorer ? Ou ont-ils arrêté de se contenir, de se retenir, comme nous sommes si nombreux à le faire, dans cette période où la honte et la culpabilité côtoient la peur et la colère ? Il y a tant de problèmes, de choses à changer. Il y a tant d’opinions diverses. 

Le jeu de la vie. Les différences. Un arc-en-ciel de couleurs qu’on ne peut enfermer. Pourquoi les faire se combattre ? Pourquoi ne pas les embrasser toutes ? 

Le Paris en moi existe encore. Quand je mets mon chapeau melon avant de sortir, quand je marche d’un pas décidé dans la rue, non pas parce que je suis pressée, mais parce que je sens la puissance de ma connexion avec cette ville, cette ville dont j’ai foulé le pavé tant de fois, depuis toute petite, cette ville que je connais si bien et dont j’ai apprivoisé l’intensité, même si par moments elle me dépasse, même si aujourd’hui j’ai besoin d’autre chose. 

Je ne veux plus mépriser mon passé, le laisser derrière moi comme quelque chose qu’on cherche à oublier, comme une ombre inutile et gênante. Il m’est impossible de supprimer ce qui a fait ma chair et mon sang. Je ne peux pas non plus effacer les expériences qui m’ont forgée. Si je choisis le présent, et l’avenir un petit peu, si je me détache, c’est par amour pour moi. Mais je n’oublie pas. Et mon cœur reste ouvert. Je le laisse, à son rythme, se souvenir, ressentir les émotions ancrées dans certains lieux, dans certains liens. Ce passé est comme une chapelle, une opportunité de me recueillir, de me reconnecter à moi-même, sans regret mais en restant à l’écoute des choses qu’il me reste à comprendre, à apprendre.

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