Une relation paradoxale

Newsletter du 13 avril 2021

L’autre m’apparaît souvent comme une forme d’énigme. Il me fait miroir, très souvent.

Parfois, ce miroir est amical, car il me renvoie des aspects de moi que j’apprécie.

D’autre fois, il est inconfortable, voire douloureux, tant il révèle les choses sombres que j’ai peur de dévoiler.

Paradoxalement, plus j’avance, plus je comprends que cette face sombre de ma personnalité est en fait une porte vers mes profondeurs : des blessures, des incohérences, des failles qui m’ont en réalité fait développer une résilience et une intelligence hors du commun.

Pourquoi j’aime l’autre, et parfois je le déteste ? Alors, ça veut dire que ce n’est pas vraiment de l’amour, mais de l’attachement ou de l’appréciation. Je peux aimer tout le monde d’un amour inconditionnel, mais… de loin.

Ce qui me pousse à adorer puis détester, c’est la passion. Une passion qui aveugle, une passion nourrie par un désir sans fin qui se projette et se fixe sur une personne (qui souvent, elle, n’a rien demandé). C’est ce schéma que nous nous appliquons, pour nombre d’entre nous, à reproduire, afin de coller aux stéréotypes romantiques que nous offrent les films, les romans et les chansons.

Cette folie, cette euphorie que l’on ressent lorsqu’on a jeté son dévolu sur une personne, se mêle souvent à une peur obsessionnelle : pourrais-je un jour la perdre ? Et si cela arrivait, comment pourrais-je alors m’en remettre ? Bien-sûr, la vérité, c’est que l’autre ne m’a jamais appartenu, et ne m’appartiendra jamais. Malgré l’effet-miroir, toute la connivence qui existe entre nous, et son accord temporaire de partager des moments avec moi… l’autre reste libre, avec son intimité propre et un monde intérieur que je ne pourrai jamais totalement sonder. Mais quand je fais l’erreur de vouloir fusionner avec l’autre pour ressentir l’amour universel, je suis souvent en train de me fuir moi-même.

Je sais qu’en moi se trouve cette source infinie, qui m’apporte la compassion et toutes les réponses à mes questions. Mais je veux jouer, faire comme si je ne savais pas : il me faut un prétexte pour chercher la rencontre, et dire à l’autre « dis, tu veux bien m’apprendre la vie comme toi, tu la comprends ? ». Parce que je veux voir sa couleur, goûter l’existence qui est la sienne, pénétrer dans son temple et en humer le parfum mystique, découvrir les sculptures singulières de ses remparts, et boire l’eau de sa fontaine.

Parce que sa version de la vie, unique et non réalisable, m’enrichit et me bouleverse, me transperce le coeur et lui permet de s’ouvrir, pleurant des larmes de sang et de joie.

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