Prendre son temps

Newsletter du 1er avril 2021

Ces dernières semaines, il y a eu des alternances, entre accélération et ralentissement.

Des choses qui se mettent en place, d’autres qui sont reportées. 

C’est en tout cas ce que je vis personnellement, et je ne suis sans doute pas la seule dans mon cas.

Il est facile de se dire que c’est l’extérieur qui nous impose un rythme, que nous sommes “victimes” des décisions du gouvernement – comme celle d’hier soir. 

Le fait est qu’entre intérieur et extérieur, la limite est poreuse. 

Alors, avant de mettre l’entière responsabilité sur l’autre, lorsque quelque chose ne semble pas fonctionner comme je le voudrais… je me pose. Je me pause, même. Je me mets en pause. En standbye, comme je dis parfois, mélangeant allègrement l’anglais et le français, une bouillie qui n’est pas pour plaire à tou.te.s. C’est que, tu vois, je suis multiple, et parfois les mots pour exprimer le fond de ma pensée sont plus justes dans une langue ou dans l’autre.

Mais je m’égare.

Notre société nous dit d’aller vite. D’être efficace. De “réussir”. Que les obstacles sont à l’extérieur et qu’il faut les éliminer avec force, montrant ainsi notre volonté et notre capacité à s’intégrer dans un système. C’est vrai que c’est une forme d’exploit, de parvenir à s’adapter à de telles rigidités… 

Et si nous commencions par observer la rigidité à l’intérieur de nous ? Qu’est-ce que ça donnerait ?

Quand je crois que je veux quelque chose… et que je dois l’obtenir tout de suite.

Et si je ne l’obtiens pas, je le prends personnellement.

Et si je ne l’obtiens pas, je me raconte des tas d’histoires, comme “je me sabote”, ou “c’est la faute de telle personne/du gouvernement/de mes parents/de la société”, ou “cet autre le fait mieux que moi, je suis nulle”, et j’en passe.

Et si je ne l’obtiens pas, je crois que je ne l’obtiendrai jamais.

Ah, cette envie de contrôler… Une façon de se sentir en sécurité. Encore et encore. Et c’est compréhensible. Ce corps est si fragile, si imprévisible, la mort est si proche et implacable, et on ne sait pas à quoi ça ressemble. Alors on court, on court, pour oublier.

Moi aussi, je cours, parfois. J’y ai été habituée. On m’a dit que si je prenais trop mon temps, j’étais paresseuse. Alors parfois, je cours, et mon corps me rattrape. Il me dit “Hop hop hop, minute papillon ! Tu n’es pas encore prête à sortir du cocon !” Et tout ralentit. Parfois très brusquement. 

Parce que pendant trop longtemps, je n’ai pas écouté. 

Parce que pendant trop longtemps, j’ai été en pilote automatique, sans suivre mes intuitions.

Parce que pendant trop longtemps, j’ai voulu cueillir des fruits qui n’étaient pas mûrs.

En ce moment, le printemps fait son œuvre. J’observe les arbres qui se couvrent de fleurs, pour certains ce sont les feuilles qui sortent, petites, timides. Pour d’autres, les bourgeons sont encore naissants. Chacun son rythme. Qui va forcer un bouton de rose à s’ouvrir avant l’heure ? Pas moi.

Et pourtant, je me suis beaucoup forcée, par le passé. Pensant que pour que les choses fonctionnent, il faut nécessairement que ce soit difficile et douloureux. 

La vérité c’est que, oui, j’ai dû souffrir, mais c’était toujours pour me recentrer et me rappeler d’être dans l’instant présent. Et au final, cela m’a permis de comprendre que j’ai le droit de prendre mon temps, et que les choses soient douces, fluides et faciles. 

Quand je force, c’est douloureux, je perds confiance en moi, je me sens nulle parce que rien ne marche, tout semble poussif.

Quand je laisse faire, c’est doux, c’est simple, je suis en confiance, sans attentes. Je reçois avec facilité les cadeaux de la vie, et je me sens accompagnée, aidée.

Et il y a plusieurs phases dans le laisser-faire.

1- Quand je sens que je ne suis pas encore “mûre”, rester dans l’instant présent, faire des choses que j’aime, me concentrer sur mes projets en interne, faire de l’introspection.

2- Quand quelque chose a envie de sortir, poser une action simple, en écoutant mon intuition. Et faire confiance que ce qui doit arriver arrivera.

3- Quand je reçois un retour suite à mon action (et si l’action était “mûre”, c’est généralement assez rapide), remercier la vie et me remercier moi-même d’avoir été à l’écoute.

Paradoxalement, c’est donc quand je ralentis que… les choses peuvent s’accélérer. Ou bien aller au rythme qui est juste pour elles.

Parce que je ne mets plus de bâtons dans les roues de la vie.

Elle peut maintenant circuler à travers moi.

Et Dieu ! Que ça fait du bien…

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