Passer en deuxième

Newsletter du 24 février 2021

« Malgré tout l’amour qu’il me portait, je ne faisais pas partie de ses priorités.« 

Cette histoire, je l’ai vécue plusieurs fois. Je tombe folle amoureuse de quelqu’un, qui semble avoir toutes les qualités que je recherche : intelligent, sensible, intuitif, créatif, spirituel, séduisant, intellectuel… Et mon coeur bat fort quand je le vois. Je l’admire, il m’impressionne. Ce battement de coeur, c’est comme une forme d’anxiété : les questions à l’intérieur se bousculent inconsciemment :

“Est-ce que je me comporte comme il faut ou est-ce que j’ai l’air idiote ?”

“Est-ce que j’ai une chance de lui plaire ?”

“Est-ce que je mérite d’être avec quelqu’un d’aussi génial ?”

Deux problèmes dans cette attitude.

Premièrement, je regarde les qualités de la personne sans me soucier des qualités de la relation entre elle et moi — au-delà des émotions et de l’attirance magnétique que je ressens, ses comportements révèlent-ils un mode relationnel qui me convient ? Exemple : est-ce qu’elle oublie ou annule souvent nos rendez-vous au dernier moment ? Est-ce qu’elle se souvient de ce que je lui ai raconté sur moi ?

Second problème : je pense à ce que l’autre va penser et ressentir sur moi, tout en me déconnectant de ce que je pense et ressens moi, et de mon discernement. C’est comme si j’étais à sa merci : je n’ai plus de choix, j’attends avec impatience d’être choisie — particulièrement vrai pour les femmes, qui ont été conditionnées à attendre que les hommes les courtisent (exemples hétéronormés, je sais). 

La conséquence ? Je ne voyais pas ce qui, dès le début, ne fonctionnait pas dans l’attitude de la personne, et ce qui ne collait pas dans sa manière de gérer sa vie. Alors que, dans l’état hypnotique dans lequel me mettait la rencontre et mon sentiment amoureux, j’étais prête à faire mille concessions pour m’adapter, et pour passer du temps, ne serait-ce que quelques instants, avec cet être cher à mes yeux… Lui voyait la relation comme quelque chose qui risquait de le déconcentrer de ses priorités : son travail ou ses études, sa quête spirituelle, ou encore ses amitiés de longue date. Ma passion et mon envie de fusionner ne trouvaient donc pas preneur… Et pourtant je restais, je continuais, comme pour le convaincre de baisser sa garde, de me laisser pénétrer dans son univers pour en devenir partie intégrante. Parfois, dans certaines relations, j’ai fini par y parvenir — à force ! Bizarrement, au bout de quelque temps, je prenais conscience que c’était fini, car j’étais à court d’énergie : j’avais tant donné, que la “récompense” d’avoir quelqu’un d’un tout petit peu plus investi, était finalement décevante.

Je m’en voulais, aussi, d’avoir accepté au départ de me contenter de miettes d’attention, et d’une relation incompatible et non réciproque. 

Et puis, j’ai décidé de me pardonner, et de pardonner à l’autre.

J’ai compris que je recherchais, chez ces partenaires indisponibles, une sorte d’idéal de quelqu’un qui m’inspire tout en me laissant libre, quelqu’un que je peux admirer de loin en faisant de lui ma muse, quelqu’un qui ne cherchera pas à me contrôler ni à me mettre dans une case, car il est déjà trop occupé et parce qu’il ne veut pas s’attacher.

Finalement, je cherchais un miroir de ma personnalité et de mes blessures. Une occasion de les regarder, ces blessures, et de leur donner de l’amour. Si je cherche parfois à “guérir” le cœur de quelqu’un, en l’écoutant et en accueillant sa peine, en lui offrant ma présence, c’est sans doute parce qu’au fond, j’ai besoin de m’offrir cette guérison et cette présence à moi-même.

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