Être ou ne pas être perdu.e

Être ou ne pas être perdue. Me souvenir de qui je suis, et puis oublier, histoire de jouer, histoire de créer. Cette illusion que je crée, que c’est moi qui crée. Alors qu’en fait tout est déjà là, tout est moi, tout est toi. Je me joue, et je ris encore et encore, de plus en plus fort. Je ris de nos bêtises, de nos folies, qui ne sont que les folies du divin qui veut jouir de nos vies, de là-haut, par en-dessous, en dedans et en-dehors. Cette violence agréable, cette douce ardeur que l’on ne comprend pas quand elle nous brûle, quand elle nous assaille, quand elle nous imagine, quand on se laisse oublier et déchirer par elle. 

Ah, la vie, comme elle m’empoigne, dans ces moments soudains où je ne sais plus quoi faire, où toute certitude disparaît et où je semble me laisser faire. La peur, pourtant, est là, bien présente, prête à jouer son rôle dans l’indicible attente que quelque chose survienne. Pouf ! Comme ça, de nulle part. Un grand château de cartes qui s’effondre de toutes parts. Ne laissant derrière lui qu’un amas chaotique, et une fièvre seconde qui reste comme un flottement après la bataille. 

Ah comme je suis indécise, incapable de discerner, certains jours ou l’énergie s’accroche, comment choisir le juste, non pas pour être parfaite, mais pour faire de mon mieux tout en goûtant la vie.

Ah cette fureur d’antan, que je croyais partie. Cette envie de croquer, de tuer, de détruire, pour mieux malaxer cette matière qui me rend extatique, pour mieux cracher sur la lumière trop catholique, trop prude, trop sérieuse, qui pardonne sans cesse et rappelle les mêmes leçons qui fatiguent mes oreilles.

Ah cette détresse sourde, accompagnée de lueurs d’espoirs, d’une joie saugrenue, sans raison ni attente, qui pourtant se déverse et veut se déverser, dans une sorte de frénésie irrépressible et excessive. Quelque chose qui déborde, sans cesse, incontrôlable. Sans logique et sans honte, sauvage, indomptable. Sans barrières, des couleurs infinies et un sourire magique, qui transcendent toute séparation et tout jugement de valeur. Tout réuni d’un coup, dans un réceptacle bien trop fin et étroit, pour être confortable. Alors il faut déborder. Encore et encore. Et ramer pour ne pas sombrer dans cette eau qui m’envahit et me submerge. Ou peut-être flotter, parfois. Me laisser porter jusqu’à la rive. Et me noyer, aussi. En osant respirer sous l’eau.

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