Je n’arrive pas à “me ranger”

Newsletter du 24 décembre 2020

Je ne suis pas quelqu’un de naturellement rangée ni ordonnée. Comme beaucoup de petites filles, j’ai été incitée très tôt à devenir bonne élève et organisée, histoire de bien rassurer les adultes sur la validité de leurs attentes inconscientes. J’ai fait les choses pour faire plaisir à mes parents. Bon, j’avais aussi un goût pour l’esthétique, ce qui me poussait à être très appliquée, afin de ne pas dépasser dans les coloriages, ou d’écrire joliment et lisiblement. Mais étant toute petite, j’avais un côté rieur et décomplexé ; dans une des seules vidéos que j’ai vue de moi, je m’amuse à rentrer des carrés dans des ronds, et quand ça ne fonctionne pas je balance l’objet au loin et demande qu’on me le rapporte, éclatant d’un rire grave et saccadé.

Aujourd’hui encore, je “déborde”. Dès que je m’installe quelque part, mon chaos créatif prend de l’espace. Certain.e.s diraient que “je m’étale” : mes carnets par dizaines, mes livres, mes vêtements… même s’il n’y en a pas beaucoup, il m’est souvent difficile de les ranger soigneusement dans un coin précis après chaque utilisation. Je tâche parfois de me “discipliner”, surtout lorsque je partage un lieu de vie avec d’autres. Mais… chassez le naturel, il revient au galop.

Depuis quelques mois que j’ai quitté Paris, j’ai découvert ce que ça faisait d’avoir vraiment de l’espace. Je n’ai jamais vraiment vécu seule dans plus de 25 m2 : c’était soit un studio, soit une chambre dans une grande coloc ou chez ma mère.

A mon âge — 25 ans passés — je commence à recevoir de nouvelles attentes de l’extérieur. 

D’abord, on ne me demande plus : “que veux-tu faire plus tard ?” ni “qu’est-ce que tu étudies ?”, mais plutôt “tu fais quoi dans la vie ?”.

Quand je réponds “je chante et j’écris”, je sens dans le regard surpris de l’autre un sous-titre “cherchez l’erreur”. Et quand je rajoute : “et aussi, j’anime des formations de développement personnel et je fais du coaching”, je perçois un soulagement. Maintenant, ils savent comment je “gagne ma vie”. Ou plutôt, ils pensent savoir. Hop, ils ont pu mettre une étiquette, ils ont enfin un repère qui les rassure et leur permet de me “situer” dans le paysage sociétal.

Ensuite, on s’attend à ce que je m’engage dans une relation sérieuse, avec un homme bien entendu. Dès que je développe une forte amitié avec une personne “du sexe opposé”, je reçois des remarques et des regards en coin : “juste un ami ?”, me demande-t-on. Lasse d’éduquer les autres sur des choses qui me paraissent évidentes, je ne cherche plus à convaincre que “non, un ami n’est pas toujours un amant ou un potentiel amoureux, même si c’est un homme”. 

Souvent, je déborde juste parce que ma nature ne rentre pas dans une case, parce que mes couleurs sont inclassables et que je m’en fous tout simplement de plaire à tout le monde.

Et puis oui, je l’admets, parfois je déborde aussi parce que je suis blessée, et parce que j’ai peur.

Depuis quelques jours, j’apprends à conduire une voiture. Une des choses les plus subtiles et difficiles à faire, c’est de garder la direction grâce au volant. Car dès que le regard se fixe sur quelque chose, naturellement la voiture prend cette nouvelle direction. Il faut rester bien dans sa voie, au milieu, voire un peu à droite. Et parfois, je déborde. Je déborde sur la gauche, bien souvent, parce que je regarde les voitures qui arrivent en face, ou celles qui me double. Ou je déborde sur la droite, parce que je veux à tout prix éviter une collision et préfère manger un peu l’herbe ou le trottoir. Souvent, je déborde.

Je déborde en m’écartant parce que j’ai peur de me frotter à l’autre.

Je déborde en me rapprochant parce que j’ai peur d’être face à moi-même.

Je déborde en cherchant le contact parce que j’ai peur de m’égarer dans ma folie solitaire.

Je déborde en fuyant le regard parce que j’ai peur de revivre des blessures relationnelles.

Mais quand je déborde joyeusement, en sécurité, sur ma propre piste… je ris et je me libère. Et là, je me détends. Et là je peux commencer à donner.

Pas toi ? Est-ce que tu pourras prendre un moment de solitude pour contempler ta renaissance personnelle ? 

La renaissance, pour moi, c’est aussi oser rediriger mon énergie. La vie me donne de nouvelles instructions : mettre l’accent sur l’écriture, et sur la musique. Eh oui, je suis en train d’écrire un livre. Pour me soutenir financièrement, c’est ici. Ce premier opus sera apparemment un recueil d’essais, nouvelles et poèmes, sur le thème de l’Amour. 
Pour en savoir (un peu) plus, tu peux lire plus de détails ici

Vous êtes déjà plusieurs à me soutenir dans mon processus créatif, en ayant précommandé le livre. Merci, ça m’encourage tellement, tu ne sais pas à quel point ❤️

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