Tu m’idéalises

Quand je rencontre de nouvelles personnes et que je raconte comment je vis ma vie aujourd’hui, cela peut impressionner, émerveiller, susciter l’admiration, voire une forme d’idéalisation. Ils/elles voient le naturel, l’intuitif dans mon jeu musical, dans mes chansons. Ils voient la lueur et la profondeur de mon regard quand j’évoque mon activité de coaching. Ils voient l’aisance de mon expression et ma gratitude d’être en vie. Parfois, ils m’envient secrètement.

Mais ce qu’ils ne voient pas, c’est le chemin ingrat et douloureux. Les étapes peu flatteuses d’un parcours compliqué, derrière des apparences de « réussite ». Les conditionnements qui m’ont d’abord fait choisir la voie toute tracée, l’autoroute des « grandes études », délaissant ma créativité et l’appel de mon coeur.

Ils ne voient pas non plus les doutes, les douleurs chroniques, les relations toxiques, le burnout émotionnel.

Ils ne voient pas les mois passés à ne rien faire, à dormir jour et nuit pour tenter d’expier une fatigue ineffaçable, les vertiges et les nausées qui me faisaient sortir de mon corps, dans des états de déréalisation étranges.

Ils ne voient pas les troubles du comportement alimentaire, le sommeil entrecoupé, les insomnies torturées qui ont fait naître tous ces poèmes, toutes ces chansons.

Ils ne voient pas comme la souffrance a été un portail de conscience, de sagesse et d’évolution. 

Ils ne veulent pas le voir, parce que c’est moche, inconfortable, et parce qu’ils préfèrent le piédestal, me voire comme supérieure, ou chanceuse — MOI, je peux faire de belles choses, vivre une belle vie, mais pas eux. Hop, plus de responsabilité. Ils voient que je suis « gagnante », et se comparent — perdant.e.s.

Chaque expérience est unique. Elle n’a de sens que si on l’embrasse dans sa totalité — avec ses moments difficiles, moins flamboyants, qui ont leur beauté et leur utilité.

Comment être vraiment vivant si on refuse une partie de l’expérience humaine ?

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