A tous ces amants

Newsletter du 19 août 2020

L’imagination a ceci de paradoxal qu’elle intensifie la réalité, en même temps qu’elle la met à distance.

Cela fait quelques années seulement que j’ai commencé à sérieusement romancer ma vie. Avant, il s’agissait d’un petit jeu, que je faisais en cachette, dans quelques moments où l’écriture me servait de soutien, de compagnon.

Lors de ma dernière longue relation amoureuse, je me suis sentie si seule, que l’écriture devenait un besoin, un échappatoire, une manière de justifier des choix déraisonnés et le chaos d’une existence absurde, des milieux dans lesquels j’essayais de me frayer un chemin, m’adaptant telle un caméléon, pour être acceptée, intégrée.

Je romançais tout : les rencontres, les émois d’un échange de regards, les coïncidences qui m’avaient rapprochée de mon amant, et qui continuaient de faire leur oeuvre pour m’aveugler. Je les cherchais, les signes, les bonnes raisons de rester. Je voulais croire que nos destinées avaient trouvé refuge dans ces moments partagés. Certes, mais ce refuge devait être fugace. Je l’ai entretenu d’un feu agressif, insistant. Si bien qu’il a brûlé notre maison, celle de la relation. Ce n’était qu’un modeste tipi, caché au milieu des branchages. Si fragile, bien que de matériaux nobles, et fait avec amour. Un amour si naïf, qu’il s’est laissé hanter par nos blessures passées. Trop caché pour que son effondrement inquiète l’entourage. Il a fallu s’enfuir, toi dans un sens et moi dans l’autre.

Et voilà, repartie dans une histoire. Les métaphores filées sont si tentantes, elles me tombent littéralement du ciel.

Cela m’amuse. Cela me connecte à ma peine, à ma nostalgie, et en même temps cela la sublime.

Le roman fige l’histoire, la travestit pour la rendre plus goûteuse au lecteur, il la chosifie, la simplifie à outrance.

Aussi, à chacun des amants qui ont croisé ma route, j’ai envie de dire : pardon. Pardon, de t’avoir chosifié. Pardon, d’avoir voulu noyer ma peine en créant une histoire, que je pourrai transformer et dramatiser à ma guise. Pardon, d’avoir trouvé cet unique moyen de rester connectée à toi sans le faire réellement. Pardon, d’avoir été lâche, pour mieux me protéger. Pardon, d’avoir coupé les ponts tout en écrivant des poèmes par centaines, pour parler de toi, de nous, de mon coeur brisé.

Je sais qu’il n’est pas facile de partager tant d’intimité avec quelqu’un comme moi : une exploratrice de l’âme, des sentiments et de l’esprit. Une passionnée, exigeante, tranchée parfois. Mais tu sais, cette passion, elle vit encore plus fort quand l’autre peut la reconnaître, en être témoin. L’aimer.

Alors merci. Merci pour toute cette inspiration que tu as activée chez moi. Merci pour les partages, pour les doux moments. Merci pour ce que ce lien m’a appris. Merci pour la souffrance qui m’a ouvert les yeux. Merci pour ta fragilité, et ta force. Merci de t’être ouvert à moi, ne serait-ce qu’un petit peu. J’aimerais que ne me restent que les souvenirs de ton visage rayonnant, de ton sourire, de la complicité. 

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