Une dictature

Newsletter du 3 août 2020

Warning: je suis consciente que ce texte transmet mon opinion personnelle, et contient des généralisations qui s’appliquent essentiellement à la société occidentale de consommation dans laquelle je me trouve personnellement.

On demande à la femme de chercher la minceur — si elle est grosse, si elle dépasse le 38, si elle a des bourrelets… elle est moche.

Résultat 1 : Les femmes s’empêchent de prendre du plaisir.

  1. Elles voient la nourriture comme un péché, et chaque « écart » au régime sain est ressenti comme un stress, une culpabilité, une faute qu’il faudra « réparer » en faisant du sport ou en s’affamant le jour suivant.
  2. Elles fuient leur image dans le miroir et ne s’aiment jamais sur les photos. Elles se refusent le plaisir d’admirer leur propre corps, puisqu’elles n’en perçoivent que les défauts, aveuglées par la comparaison aux mannequins et autres stars qui posent, sans gras ni boutons, dans les publicités. (Bon, on leur apprend aussi que c’est mal vu pour une femme d’avoir de l’estime de soi, c’est vu comme arrogant, mauvais genre, pas plaisant).
  3. Elles atténuent voire anéantissent la possibilité de prendre du plaisir lors des rapports sexuels, car elles angoissent de ce que l’autre pensera de leurs rondeurs et autres « imperfections » physiques. En rentrant le ventre, en étant obsessionnelles de leur « hygiène » intime, en restant maquillées… les femmes se concentrent sur ce besoin de se cacher, plutôt que sur leur droit au pur plaisir, gratuit et sans conditions.

Résultat 2 : les femmes consomment, et laissent leur confiance en soi dépendre de l’extérieur

  1. Les produits de beauté poussent la femme à croire qu’elle a besoin d’assistance pour être belle, et le rester. Ils suivent souvent une logique de concurrence entre femmes (« diviser pour mieux régner », ça vous rappelle quelque chose ?) : la femme jeune, lisse, mince, douce, sera la plus à même de séduire, et donc d’être choisie par l’homme.
  2. Elles rentrent alors dans un engrenage : c’est le regard des autres qui compte, et qui définit leur valeur. Elles vont chercher à satisfaire ce regard avant tout, avant même de choisir leur propre vie, parcours professionnel, idéal…
  3. Elles mettent de côté leurs talents naturels, et s’épuisent, se sacrifient afin que les autres les aiment et les approuvent — car à part l’apparence physique, elles savent bien qu’on aime les femmes pour leur gentillesse, leur obéissance et leur générosité. Elles sont celles sur qui on peut compter, pour respecter les règles, pour offrir aux hommes une sécurité, un foyer, des repères. « Sois belle, sois polie et tais-toi. » 

Quand j’étais enfant, mes grands-parents ne se privaient pas de faire des remarques sur ma cousine — souvent, dans son dos — quand ils estimaient qu’elle avait pris du poids. « C’est dommage, elle a un si joli visage… » commentait ma grand-mère. Comme si le fait d’avoir du gras gâchait tout.

Aussi, enfant, j’ai fait de la danse classique. J’ai vite compris que pour pouvoir intégrer un ballet; devenir petit rat de l’Opéra, il fallait être très très mince.

Car la minceur, dans la culture actuelle, est synonyme de grâce. 

Mais la grâce, en réalité, c’est tout autre chose. Certes, une personne qui danse avec présence, qui sait ordonner ses mouvements, peut susciter ce sentiment en moi. Mais ce n’est pas parce qu’elle est mince.

La grâce, c’est une énergie que l’on ne peut réellement percevoir que lorsqu’on se libère du jugement sur soi et sur l’autre, lorsqu’on s’abandonne complètement à l’instant, lorsqu’on ose faire l’amour à la vie, lorsqu’inexplicablement, quelque chose nous porte et nous entraîne dans une beauté sans faille.

Si faille il y a, c’est qu’on a pas le bon regard. Ou plutôt, que notre regard — originellement si pur — est voilé par nos conditionnements, nos peurs et notre orgueil.

Ah ce cher ego, qui veut tant nous protéger ! Peut-il se mettre, un instant, sur le côté et nous laisser regarder ? C’est là que commence la vraie vie.

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