Oppression silencieuse

Ecrit le 17 juin 2020

Dans le train. Pas encore parti. Encore quelques minutes. Tout le monde est masqué – c’est la règle.

Comme souvent, deux personnes semblent avoir le même numéro de place. L’une des deux est une femme d’une soixantaine d’années – peut-être un peu plus – l’autre est un jeune homme noir.

“A moins que je ne me sois trompée…” dit la femme en fouillant son sac, après avoir quand même installé ses affaires sur le siège. En lisant le papier : 

– Ah oui, place 32 en fait !

– Restez là, je vais aller là-bas, dit le jeune

– Ah, vous êtes sûr ?, demande l’autre par politesse.

Et le jeune homme noir va prendre l’autre place. Certes, ce n’est pas important en soi, mais je me dis que symboliquement il n’a pas défendu son territoire.

Cela fait deux-trois-semaines peut-être, depuis la mort de Floyd. La première semaine de juin, les médias s’étaient déchaînés, et les réseaux sociaux criaient haut et fort la cause de l’anti-racisme.

En faisant quelques recherches historiques et anthropologiques, j’ai découvert la signification complexe de l’expression “suprématie blanche” (white supremacy en anglais). Enfin, disons que j’ai commencé à appréhender cette notion.

C’est comme si mes yeux s’ouvraient sur une réalité que jusqu’alors je ne voulais pas regarder en face : les préjugés sur les personnes racisées, qui découlent sur des comportements discriminants, froids et méfiants, pouvant aller jusqu’à la violence envers ces personnes. Ce déni de leur humanité ne date pas d’hier, et il est infusé dans notre inconscient.

Cela semble peut-être étrange pour une personne blanche comme moi de parler de ce sujet. Même si j’ai des origines très variées (de la Russie à l’Egypte en passant par les Etats-Unis), ce mélange culturel ne se voit pas sur ma tête : on me prend souvent pour une Allemande ou une Britannique. Rien que du fait de ma couleur de peau, je suis privilégiée.

Ce qui est le plus difficile à changer, c’est le racisme subtil que nous avons toutes et tous intégré dans nos pensées, nos croyances et attitudes quotidiennes. Cette idée de supériorité qui se voit dans les médias, dans la répartition des couches sociales…

Et dans les choix de vie et professionnels des personnes racisées. Combien s’autocensurent dans leurs ambitions, parce qu’elles se dévalorisent ou parce qu’elles anticipent la discrimination ?

Ne pas parler, rester passif, c’est contribuer en silence à ce que l’oppression continue.

Des tas de documentaires existent pour s’informer, et chacun.e peut commencer à observer ses pensées et comportements à l’égard des personnes noir.e.s, et reconnaître que nous sommes porteurs d’une histoire excessivement violente envers ces êtres humains. 


La question est particulièrement grave aux Etats-Unis : 13th, ce documentaire édifiant sur leur système carcéral, m’a beaucoup appris. Si tu comprends l’anglais, je t’invite à le visionner sur YouTube.

Penchons-nous aussi sur ce qui s’est passé du côté de la France : merci Arte pour la série qui raconte l’Histoire du point de vue des colonisés.

Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais de comprendre que nous avons un privilège en tant que personnes blanches, et qu’il est tant de contribuer à changer ça, d’être solidaires, d’aller à la rencontre de nos ombres – ces croyances et comportements racistes et discriminants, souvent inconscients.

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