Double visage ?

En ce moment je me sens un peu divisée. 

Une part de moi est très impatiente de faire avancer les choses dans mon business, de voir mon impact sur le monde, d’obtenir une forme de reconnaissance extérieure… et me pousse à travailler dur, à forcer les choses, à me fatiguer. Je pourrais l’appeler le lièvre. C’est une part de moi très égotique et orgueilleuse, qui a beaucoup d’énergie à revendre, de la volonté, et une certaine ambition. Elle ne voudrait pas que je traîne à offrir ce que j’ai à offrir, que je me retienne d’être qui je suis, et que je gâche mes talents. 

De l’autre côté, il y a la tortue. Celle qui m’a toujours habitée, depuis que je suis toute petite. Un état d’esprit calme et clair, détendu, qui fait les choses avec lenteur, conscience et plaisir. Une grande simplicité, une grande humilité. Elle m’invite à ralentir, à contempler, à écouter les besoins de mon corps. Elle me propose de faire confiance en la vie, et me rassure en me disant que je n’ai pas à tout faire “toute seule”. Une grande partie du travail “se fait”, je n’ai qu’à impulser et intervenir par moments, avec mon intention et ma présence.

Pendant mes premières décennies, j’ai beaucoup renié ma tortue. Parce que la société me disait d’aller vite, d’être efficace, de ne pas traîner, de “faire mes preuves”. Parce que tout le monde mangeait vite dans ma famille. Parce que mes amies marchaient toujours plus vite que moi. Parce que le tout, c’était d’être performant, sur du court terme : le plus important n’étant pas l’efficience réelle, mais le côté visible des résultats, et le fait que ceux-ci correspondent à une attente extérieure.

Depuis quelques années que j’ai entamé le chemin de la méditation et de la pleine conscience, j’ai redécouvert les bienfaits de ma tortue, mais sans abandonner le lièvre pour autant. Cependant, il est difficile de trouver un équilibre entre ces deux compères. Ils ont une vision du monde assez… différente, voire opposée.

Parfois, je constate qu’ils fonctionnent par cycles : ils se relaient entre périodes intenses pleines d’énergie et d’impulsions productives (lièvre), et moments plus contemplatifs, de repos et de ressourcement.

Ce que j’essaie de faire, aujourd’hui, c’est d’incorporer un peu de chaque dans ma journée, afin qu’ils puissent se sentir exister, utiles… et pour trouver mon propre équilibre. A force de se côtoyer, ils commencent à comprendre un peu mieux le fonctionnement de l’autre, et à s’harmoniser. 

Ainsi, dans une même journée, je m’autorise tous ces états : léthargie, actions rapides, actions lentes, créativité impulsive, méditation, barrer toute une liste de tâches que j’ai effectuées en un tour de main, sieste, interactions animées, contemplation… 

Je remarque que c’est dans une journée où j’ai autorisé les deux à s’exprimer que je m’épanouis le plus.

Parce que j’accepte ma nature (plutôt tortue) et la laisse commencer la journée – pas question de passer des appels ni de faire de l’administratif le matin – et que j’intègre mon conditionnement (lièvre) qui me permet de rester reliée à la société, une forme d’équilibre s’installe, entre ces deux couleurs.

Ce qui est amusant, c’est que les autres me perçoivent soit comme hyper zen, soit comme hyperactive – sans doute se comparent-ils selon leur taux de lièvre/tortue dans leurs journées. Alors qu’en fait, j’ai vraiment des deux. 

On ne voit que ce qu’on croit, n’est-ce pas ? 

Laisser un commentaire