Quart de siècle

Newsletter du 10 juin 2020

Cette semaine, c’était mon anniversaire. Enfin, dimanche.

Vingt-cinq ans. Il paraît que c’est important.

Mais tu sais quoi ? La seule chose qui compte, c’est que je sente un changement à l’intérieur. Et je peux te dire que je l’ai senti. Mais en fait, c’est le résultat de tout le travail accompli depuis un an.

Il y a un an, mon anniversaire, c’était deux heures et demi à me faire tatouer le bras à la main, pour symboliser les premiers pas de ma guérison. Et puis, le soir, un dîner un peu ennuyeux, la sensation d’être seule même accompagnée.

Cette année, c’était différent. Plein d’émotions contradictoires. J’aurais aimé dire que ce n’était que joyeux. J’ai pu ENFIN quitter Paris pour prendre un bol d’air frais en Normandie, avec ma mère, et partager des moments profonds et complices avec elle. Et c’était merveilleux de retrouver du calme et de la paix. 

Parce que j’ai beau cultiver ma paix intérieure au quotidien, il manque souvent un environnement soutenant. Bizarrement, j’ai aimé Paris en confinement : tout était plus tranquille, comme si le monde s’était arrêté de tourner. Maintenant que l’activité frénétique reprend, Paris me fatigue : nos rythmes sont décalés.

Pendant le confinement, j’ai reconnecté avec une réalité importante : je suis un CHAT. J’ai besoin de prendre mon temps, de m’étirer le matin, de dormir, de contempler la vie. Et quand j’agis, c’est à partir d’un endroit juste, sincère, authentique. 

C’est un luxe, il paraît, d’être soi-même. Mais c’est aussi un engagement qui doit être renouvelé chaque jour.

Et certains jours, les émotions m’emportent, et j’ai l’impression de perdre le contrôle. Parfois, ce sont ces jours-là qui sont les plus puissants, parce que justement je ne peux plus faire comme si je savais, comme si j’avais les réponses, comme si j’avais des certitudes.

Quand tout semble s’écrouler, quand plus rien n’est si stable en moi, je me rends compte de ce qui est essentiel : ma présence, ma respiration, mon corps qui est en vie.

Quand je me sens jugée, quand je me juge moi-même, parce que c’est ce qu’on m’a appris, j’essaie d’observer tout ça : cette pression de la performance, à être toujours meilleur, cette tendance à se comparer aux autres… et dans tout ça, on se perd, et on oublie d’aimer.

Lundi soir, entourée de 9 merveilleuses personnes, toutes issues de milieux différents, toutes si singulières et si proches de mon coeur, je me suis sentie aimée. C’était doux, c’était fort, c’était… vulnérable. Sentir une vague d’amour s’abattre sur moi, et ne pas être sûre de pouvoir l’accueillir. Sentir mon corps trembler, sentir mon coeur battre plus intensément. Me dire que c’est ça, l’amour. Me laisser submerger. Accueillir la voix qui dit “tu ne le mérites pas”, l’écouter et la laisser s’effacer en laissant l’eau de la douche couler sur ma peau : une heure du matin, ils sont partis, mais ils sont encore là. Quelques débris de nos partages, des miettes sur la table, le petit mot d’anniversaire, les bouteilles de jus vides… 

Respirer. Laisser mon coeur meurtri s’ouvrir. Et battre. Pomper. Alimenter. Encore et encore.

Merci, la vie.

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