Doux et fort

Newsletter du 3 juin 2020

“C’est à la fois doux et fort.” m’avait dit mon amie Flavie au téléphone, ce soir d’automne 2018. Cela faisait quelques semaines qu’elle sortait avec son amoureux (et ça fait maintenant plus d’un an qu’ils sont ensemble).

Au bout du fil, et depuis l’autre côté de l’Atlantique – j’étais en Colombie – je sentais mon souffle plus court. De l’amertume et de la jalousie parcouraient mon corps, en même temps que je tentais de me réjouir pour elle.

Le ton de sa voix était si présent et si certain. Elle n’était pas dans cette souffrance que le sentiment amoureux procure parfois, dans cette anxiété permanente, cette envie de posséder l’autre, cette peur de le perdre. Elle était juste sereine. Comblée, d’une manière ni ennuyeuse, ni destructrice.

“Ca existe, ça ?”

A l’époque, c’était assez inimaginable pour moi. Ma relation de ce moment-là me faisait passer par tous les états, des plus chaotiques aux plus absurdes. Je transformais mes émotions et mon désalignement en poèmes, en chansons, en nuits interminables à démêler mes conflits intérieurs. 

Qu’est-ce que je cherchais, finalement ? Une sorte de masochisme créatif ? Une façon d’éviter la solitude ? 

En tout cas, à l’entendre, le paradis relationnel existait. Et je n’avais pas la clef pour y accéder. Pourtant, j’avais un parcours de développement personnel déjà bien garni. Et je voyais ça comme un indicateur que je pouvais créer une relation saine.

Et pourtant… parasitée par certains modèles d’amour-passion destructeur, romancés par les films, et désabusée sur la réalité du couple, en observant ceux qui ont bercé mon enfance, j’ai décidé (inconsciemment) de faire un beau mélange de tout ça. Résultat : je me suis liée avec des personnes très belles, ayant en elles une grande empathie et profondeur, mais je n’ai pas su voir au-delà de l’idéalisation ni du drame. 

Souvent, j’ai pris les initiatives, me mettant en position de supériorité, et pour avoir le sentiment de contrôler. Ou bien, à l’inverse, je me suis laissée (em)porter par un courant qui me faisait du mal, me soumettant aux besoins de l’autre et négligeant les miens.

“C’est à la fois doux et fort”, c’est quelque chose que j’ai pu ressentir dans certaines amitiés, des personnes avec qui je partage la pratique de la méditation notamment. Parce qu’elles ont l’habitude de ralentir et d’être présentes, je me sens en confiance et je peux me détendre. De cette détente émerge une force, une intensité, une profondeur. Et là, il peut y avoir création, expression. 

Très souvent, je vis ma créativité en solitaire : j’écris ou je compose. Mais j’apprécie aussi beaucoup la co-création : improviser à plusieurs, en musique ou en théâtre, ou enregistrer une conversation pour un podcast. En fait, ce sont des moments magiques, où nous nous synchronisons, naturellement, du fait que nous nous abandonnons chacun à la voix qui vibre à l’intérieur de nous. Comme si, si chacun se connecte à lui, il se connecte instantanément à l’autre, et la résonance fait du bien à tous.

Aujourd’hui, je mets cette intention dans chaque relation : de goûter un peu de ces deux saveurs, l’intensité et la douceur. Elles se mettent mutuellement en valeur.

Ecrit le 29 mai 2020.

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