En amour

Newsletter du 20 mai 2020

C’est drôle, j’étais persuadée d’avoir un texte « tout prêt » à vous envoyer aujourd’hui. Et en fait, non. Plutôt contente, car parfois avoir du vide permet de voir plus clair. Le déconfinement me bouscule un peu, je t’avoue. Comme si d’un coup, mes habitudes d’ermite se voyaient dérangées par le bruit du monde. Comme si revenait la petite voix en moi qui me dit qu’il faut que je fasse « comme les autres ». La prison est toujours à l’intérieur, tu vois… Parce que si je me sentais si bien pendant le confinement – en tout cas pour partie – c’est parce que j’avais, par magie, arrêté de me juger sur mon besoin de solitude. En considérant que nous étions tous logés à la même enseigne.

La semaine dernière, j’ai revu quelques personnes extérieures à mon quartier, à savoir mon grand-père et mon père. C’était des moments assez banals, mais qui finalement m’ont changé d’air et m’ont fait mieux apprécier le retour à la solitude. L’introspection, elle, n’a certainement pas cessé. Mais c’est comme si elle prenait d’autres formes, plus vulnérables peut-être. Je me suis sentie comme “exposée”. Choisir de révéler qui on est au monde, ce n’est pas rien. Ca demande du courage, n’empêche.

Et là, hier soir, j’ai compris quelque chose : je parle intimement à ma newsletter de tous les sujets qui me traversent. Et l’air de rien je parle beaucoup d’amour : relation, romantiques ou pas, et spiritualité. Tout ça c’est de l’Amour avec un grand A. Et tu sais, j’avais un peu honte d’en parler, avant, de ce sujet. Et aujourd’hui encore, j’ai une voix dan ma tête qui me dit que c’est niais, pas intéressant, trop “fragile”.

C’est fou, non ?

J’ai toujours eu ce côté “femme forte et indépendante”, et me suis construit un personnage qui méprise les trucs à l’eau de rose, qui ne croit pas à l’amour… Quand je faisais du théâtre au lycée, la troisième année on m’a attribué un rôle d’amoureuse transie, et j’ai vraiment galéré. Jusque là, j’avais joué des femmes autoritaires, un peu caricaturales, et je m’éclatais parce que j’avais facilement accès à cette part de moi. Mais la part amoureuse, tendre, vulnérable ? Je la voyais comme inutile, voire gênante. Oui, parce que pour moi, tomber amoureuse c’était un piège, une illusion, quelque chose qui me rendrait faible et potentiellement victime.

Encore aujourd’hui, une part de moi méprise le sentiment amoureux, et voudrait être une sorte de roc, droite dans ses bottes, qui ne sourcille pas, qui ne se laisse pas toucher, impassible. 

Et pourtant… le fait de négliger cette part amoureuse et de la mettre de côté ne fait que renforcer sa soif d’exister. Elle se nourrira secrètement de rêves, de fantasmes, à travers un imaginaire débordant. Elle écrira des poèmes et des chansons d’amour, elle se repassera le film de mes histoires.

En fait, je me suis rendue compte qu’en la cachant, je m’empêchais de transmettre tout ce que j’ai compris au fil du temps, avec mes expériences amoureuses. Avec mes expériences relationnelles, en général. Avec toute l’intimité que j’ai pu développer, avec d’autres, mais aussi avec moi-même, et avec la Vie.

Car au final, je ne peux pas m’en cacher : je suis une amoureuse de la vie. J’ai un rapport amoureux à l’existence. Je me nourris du coeur qui bat pour un projet, du sourire aux inconnus, du soleil et de l’oiseau qui chante dans mon jardin. Je me nourris d’un moment de silence, d’un soupir d’aise entre deux paroles échangées, d’une conversation pleine de sens. Je me nourris de cette beauté, de cette magie de la vie, avec enthousiasme et une curiosité sans cesse renouvelée.

Être en amour avec la vie, comme diraient les Québécois. Être en amour avec la vie, finalement, c’est la vivre pleinement, être dans l’instant présent pour savourer ce qu’il a à offrir. Se connecter avec un flux d’amour, qui circule entre moi et tout ce qui existe. Cela n’a rien de faible. C’est la puissance incarnée.

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