Trouver ma place

Newsletter du 13 mai 2020.

Toute ma vie j’ai cherché une seconde famille. Enfin, surtout après le divorce de mes parents. Pour moi, une famille disloquée, c’était comme pas de famille.

J’ai cherché une famille dans mes amitiés, mes amours, et dans des groupes, des communautés.

J’ai cherché une famille qui ne me jugerait pas, où je n’aurais pas de rôle préétabli. Oui car j’ai toujours détesté qu’on m’assigne un rôle, en particulier si ce rôle était celui de l’infériorité et de la soumission — pas de chance, j’étais « l’enfant ». 

J’ai cherché une famille unie, qui m’accueillerait telle que j’étais, dans laquelle je pourrais me fondre et m’oublier. Oublier ma solitude.

Ces derniers temps, je me suis rendue compte d’à quel point je me suis perdue dans cette quête sans fin. Car en effet, il y a toujours un moment où la famille choisie (qu’elle soit amicale, amoureuse, professionnelle ou communautaire) me déçoit, me donne envie de partir, de faire ma vie. Il y a toujours un moment où quelque chose « cloche » : un choc des valeurs, une dissonance entre mon désir d’expansion et la tendance rigide et dogmatique que peuvent avoir les groupes.

Etant en remise en question permanente depuis plusieurs années, j’avais la croyance qu’intégrer un groupe était « nécessaire » pour soutenir cette évolution. Mais en réalité, j’ai toujours été dans le rôle de celle qui donnait, qui nourrissait le groupe. La satisfaction que j’en tirais, c’était de voir l’impact que j’avais par ma présence et ma liberté d’expression. Il était rare que j’arrive à pleinement me connecter au groupe, sans me sentir légèrement à part — comme si j’étais en observatrice. 

Cette quête nourrissait la croyance « on a besoin de moi », et flattait mon ego. Je voulais être sûre d’avoir ma place.

Et puis, je me suis rendue compte que ma place était là, de toutes façons. Si j’existe, si je suis vivante, sur cette Terre, c’est que j’ai ma place.

Je n’ai donc pas à la chercher, à la défendre, à me battre pour la garder ou pour la définir.

Faire partie d’une famille est un engagement dans lequel je m’étais jetée corps et âme. Je voulais être responsable, qu’on compte sur moi, me sentir importante et indispensable aux yeux des autres.

Je voulais enfin prendre ce rôle dominant que ma propre famille de sang ne m’avait pas donné, car j’étais la benjamine. Donc, frustration dès que je rencontrais de la résistance, de l’opposition. Je voulais régner.

Et ce n’est pas pour rien. J’ai une grande capacité à régner, parce que j’ai une autorité naturelle qui me dépasse moi-même. Du genre, quand je rentre dans une pièce, les gens sentent un changement. Quand je parle, je suis écoutée. 

Mais ce n’est pas tout d’avoir ce don. Il s’agit de bien l’utiliser. Non pas pour flatter mon ego, en m’amusant à diriger tout et n’importe quoi, mais en choisissant à qui je parle et de quoi je parle. 

En lâchant toute espoir de renommée et d’être aimée pour ce que je vais dire. En lâchant toute attente d’appartenir au groupe, d’être comme les autres. En lâchant tout attachement au fait de rester éternellement un membre de cette « famille ». En lâchant tout plan, toute stratégie pré-conçue par mon mental qui dit ce que je « devrais » faire.

Ce qui m’aide aujourd’hui à lâcher cette quête perpétuelle, c’est de me connecter au divin. Certains l’appelleront Dieu, la Source ou l’Univers. Cette chose indescriptible qui est partout, à l’intérieur et à l’extérieur. On pourrait aussi l’appeler l’Amour. 

Il n’y a rien à chercher chez les autres, puisque tout est là. Ce que je cherchais désespérément dans mes secondes familles, dans mes relations personnelles et intimes, est déjà en moi et tout autour de moi, à chaque instant. Cette sécurité, cet amour, cette sensation d’exister et d’être intégrée, ne dépendent pas d’un groupe ni d’une personne extérieure. Quand je me connecte à cette source infinie en moi, je vais beaucoup moins vers les autres pour quémander de l’amour et de la présence. Je deviens une sorte d’ermite, en connexion avec le divin. Et naturellement, je me mets à créer. Je crée, et je transmets. Quand je rentre en lien avec d’autres humains, c’est pour des raisons claires et joyeuses, gratuites. Je ne vais pas vers les autres pour obtenir quoi que ce soit. J’y vais parce que c’est naturel, joyeux, jouissif. J’y vais parce que j’ai envie, parce que ma coupe déborde. Parfois j’y vais pour les soutenir et les accompagner dans leur propre expansion. 

Laisser un commentaire