Tout est trop grand pour moi

Newsletter du 29 avril 2020

“Tout est trop grand pour moi”

J’ai grandi avec cette phrase. J’ai grandi avec l’impression d’être différente, toujours “trop” quelque chose. Trop lente physiquement, trop rapide mentalement, trop intense émotionnellement.

J’ai longtemps été frustrée par ma petite taille. J’avais sauté une classe, mais j’étais nettement plus petite que mes camarades. Du coup, petites jambes, je marchais plus lentement. Si je voulais appartenir au groupe, il fallait que je marche plus vite, voire que je coure, pour rattraper mes copines – ça a duré jusqu’à récemment, car j’avais pour coutume de choisir des amies particulièrement grandes et sportives, comme pour me mettre à l’épreuve.

Au sport c’était pareil. J’avais l’impression d’être toujours un peu en retard quand il fallait courir, chercher la balle. Par contre, j’avais une grande précision pour rattraper ce qui venait sur moi – quand j’ai fait du foot, en école de commerce, on me voyait comme la “défense” idéale.

Mais derrière cette petite taille physique, je me sentais limitée par ce que pensaient les autres : “si elle est petite, elle mérite d’être traitée comme une enfant”.

Même enfant, j’ai toujours été frustrée par cette distinction entre enfant et adulte. Je voyais bien que mes idées n’étaient pas prises au sérieux comme je l’aurais souhaité, parce que j’étais encore une enfant. Et on ne cessait de me répéter que les adultes en savent plus, parce qu’ils ont de l’expérience.

Et pourtant, il y a des choses que je sentais, très tôt. Des intuitions, des messages que je recevais. J’ai commencé très tôt à écrire. Souvent, sous le coup d’une émotion. J’écrivais des mots très durs, pour exprimer toute la rage que je contenais et ne pouvais sortir de moi. Je savais bien, déjà, que la colère, chez une fille, c’est mal vu. Que ça pourrait me faire perdre l’amour de mes parents, de mes amis. Que personne ne pourrait comprendre ce qui bouillonnait en moi.

Alors, le papier et les stylos sont devenus mes échappatoires. Je me suis prise de passion pour cet univers que je pouvais façonner à ma guise. J’écrivais, je dessinais. Je lisais à voix haute dans mon bain, les descriptions des shampoings, en français, anglais… Je me construisais un monde à mon échelle, où il n’était plus question de faire comme les autres pour m’intégrer.

De la même manière, la musique était un refuge. L’étude du violon était mon endroit de concentration personnelle, sans personne à qui me comparer. J’admirais les violonistes qui représentaient des objectifs à atteindre, mais je savais que ma voix était particulière.

Si j’ai longtemps gardé ces talents pour moi – je n’aimais pas trop “performer” en public, et je prétendais que ça ne m’intéressait pas – c’est parce qu’en fait, j’avais peur de briller. 

Pourquoi ? Parce que chaque fois que je brillais, je sentais que cela dérangeait certaines personnes. Parce que certaines camarades s’étaient moquées de moi, de ma petite taille, de mon originalité, et que j’avais voulu éviter de me faire remarquer. Parce que, par jalousie, on m’avait rejetée, raillée, exclue. Parce que je préférais être intégrée et sacrifier qui j’étais. 

Pourtant, au fil de mes expériences de ces dernières années, j’ai pris conscience de la vérité d’une phrase que me répétait souvent ma mère : “mieux vaut être seule que mal accompagnée”. Et je rajouterais : “on n’est jamais totalement seul”.

Alors, j’ai commencé à lâcher, à montrer qui j’étais, à prendre le “risque” d’être critiquée par d’autres, qui ont trop peur de faire un pas vers eux-mêmes, et qui me détestent de parvenir à le faire.

Aujourd’hui encore, par moments, je me retiens de briller. Par peur d’éclipser certaines personnes que j’aime, par peur de ne plus être aimée d’elles, parce que j’aurais dit quelque chose de choquant, ou parce que j’aurais mis en lumière une vérité qui leur est désagréable.

Mais, comme je dis souvent, mon rôle sur cette Terre, ce n’est pas d’être gentille. C’est de dire ma vérité. Que cela plaise ou non. J’ose utiliser cette si précieuse liberté d’expression, tant qu’elle existe, tant que j’existe et que je peux en jouir.

Hop, j’en jouis.

Ecrit le 24 avril 2020.

Laisser un commentaire