Le « Je t’aime »

Newsletter du 6 mai 2020

Hier, j’ai encore dit je t’aime à quelqu’un. Enfin, pas vraiment frontalement. 

Et, bizarrement, ça m’a fait un frisson d’appréhender la réaction de l’autre.

Parce que pour moi, dire je t’aime, c’est quelque chose de très naturel.

La première fois que j’avais dit je t’aime à mon ex copain colombien, c’était dans l’ascenseur pour descendre de chez lui. Cela faisait peut-être un mois que nous étions ensemble, mais trois mois que nous étions amis et que j’étais amoureuse de lui. C’était la première fois que je le « sentais » si fort, ce je t’aime. Alors, même avec la peur, j’ai osé le lui dire. Sa surprise et sa peur ont été si grandes. Pour lui, cette phrase, c’était une forme d’engagement – surtout dans sa version « te amo » (en espagnol, on peut dire « te quiero », qui est une forme atténuée du je t’aime). Pour lui, c’était trop fort, trop vite. Je lui avais expliqué qu’en français, il n’y avait qu’un seul je t’aime. Et qu’on employait le verbe aimer pour « j’aime les pains aux raisins » autant que pour « je t’aime à la folie » – ce qui, bien-sûr, ne veut pas dire que je l’aimais comme j’aime les pains aux raisins, on s’entend. 

Au fil du temps, il avait toujours du mal à les aligner, ces deux petits mots. Et moi, je me retenais de les dire trop souvent, pour ne pas raviver le débat et l’inconfort. Oui bien, je le disais en français, ou je disais « te quiero ». Mais il y avait un arrière-goût amer dans le fait de ne pas pouvoir partager l’intensité de mon ressenti de cette manière si douce. Le je t’aime, c’est si doux… 

Mais le je t’aime choque les gens.

Le je t’aime appartient à cette catégorie de phrases qui sont taboues parce que trop galvaudées, parce qu’on y a attaché très tôt un certain sens.

Le je t’aime appartient au genre romantique, et, pour beaucoup, à l’engagement qu’il implique.

Dans un monde où tout semble trop évident, trop pré-mâché pour nous, je me permets d’utiliser le je t’aime à ma guise.

Certes, je suis romantique, comme beaucoup de gens – et j’emploie le je t’aime quand je suis amoureuse. Mais je suis amoureuse tout le temps. De la vie, des gens.

Et je dis je t’aime quand… quand je le sens, tout simplement. Ce n’est pas un choix : il jaillit, je l’entends à l’intérieur, il veut sortir de moi. Ce n’est pas quelque chose de pesé, de réfléchi, de rationnel, ni de « raisonnable ». Car l’amour n’est pas un sentiment raisonnable.

Je dis je t’aime à quelqu’un quand il me touche, quand je l’admire, quand je suis émerveillée par la beauté de son être.

Je dis je t’aime à quelqu’un quand je me sens proche de lui ou d’elle, quand la connexion est si puissante qu’elle brûle de se mettre en mots.

Je dis je t’aime à certain.e.s ami.e.s, quand je sens que notre moment partagé m’a beaucoup apporté, ou quand une conversation est nourrissante et que je m’enflamme. Mais, encore trop de fois, je me retiens.

Je me retiens parce que c’est mal compris, mal interprété. Je me retiens parce que les gens ont peur de mon amour. Comme s’il pouvait devenir enfermant, parce que je m’attache. Et c’est vrai, je m’attache. Mais j’ai appris, avec le temps, à cultiver l’espace de liberté de chacun, que la relation soit amicale ou romantique (car oui, je suis presque aussi passionnée en amitié qu’en amour). J’ai appris à respecter les limites de l’autre et à formuler mes besoins. J’ai appris à savourer la solitude pour que les moments de partage soient vraiment qualitatifs et pas « forcés ».

Je t’aime n’est pas une prise en otage.

Je t’aime est un aveu, joyeux et vulnérable, de ce que l’autre suscite en moi : une énergie, un enthousiasme, un sourire sincère, une joie profonde, une paix… et plus largement, la sensation d’être vivant et d’être connecté.

C’est ça. Le je t’aime vient quand je suis à la fois connectée à moi-même et connectée à l’autre. Quand je ressens en moi cette double osmose, c’est magique. J’ai trop envie de le partager.

C’était quand la dernière fois que tu as dit je t’aime ?

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