Pourquoi mes chansons parlent d’amour

Newsletter du 22 avril 2020

Mes chansons parlent d’amour, et souvent, d’amour romantique. Pourtant, ce n’est pas exactement ce que je vis en ce moment, où je cultive avant tout l’amitié, et l’amour de moi au sens « amour inconditionnel ». Ceci dit, je cultive aussi ma sensualité – mais c’est un autre sujet.

J’ai longtemps méprisé l’amour romantique – tout en le désirant secrètement.

Le divorce de mes parents avait un peu tué tout espoir de vivre un véritable amour romantique comme nous le montrent les contes de fée. Et en même temps, j’ai continué, au fond de moi, d’y croire un peu.

Les expériences ont, encore une fois, souvent déçu la petite fille qui espérait jouer le rôle de la princesse, et accueillir son prince.

Au fil du temps, j’ai compris que ce schéma amoureux avait tendance à attirer à moi des relations « toxiques », ou en tout cas dans lesquelles au moins l’un des deux était dans une certaine dépendance affective.

Et en même temps, j’essaie d’aller un peu plus loin dans mon regard sur la chose.

Parce qu’en fait, le désir d’être avec quelqu’un, de partager, de vivre une relation intime, naît de quelque chose de particulièrement fort en nous. 

Certains pourraient dire que c’est simplement l’instinct de reproduction, un dérivé de l’instinct de survie. En effet, il doit y avoir de ça.

Aujourd’hui, en faisant ma vaisselle et en écoutant « Problem with you » de Sabrina Claudio, j’ai entrevu un autre aspect de ce désir romantique : le désir d’instant présent.

Je me suis souvenue de quelques bons moments passés en relation amoureuse, et à chaque fois, ce qui était agréable, c’était cette sensation intense d’être dans l’instant. Comme si chaque minute s’écoulait avec une infinie présence.

Donc, en fait, ce que je recherche à travers cette quête de la relation romantique, ou à travers de la nostalgie (le « ah comme c’était bien d’être avec cette personne »), c’est l’intensité du moment présent pleinement vécu. Le moment qu’on ne veut pas gâcher, où on se plonge dans le regard de l’autre par exemple, où on sent la chaleur de sa main ou de son corps.

Qu’est-ce qui fait qu’on arrive mieux à apprécier l’instant présent quand l’autre est avec nous ? Qu’est-ce qui nous rend soudain si conscient de la préciosité de ce temps qui s’écoule ?

Pour moi, c’est le fait que l’autre nous rappelle que la vie circule en nous, et entre nous. Il reconnaît notre présence, notre valeur, notre existence, et nous permet de nous aimer un peu plus. Au moins, momentanément. 

Mais si nous ne faisons pas simultanément un travail d’amour de soi, le jour où cette personne s’en va ou disparaît, le risque est de perdre confiance, puisque l’amour dépendait de l’autre. 

L’autre n’est qu’un rappel que je suis aimée et que je suis en vie. En réveillant mes instincts – notamment l’énergie sexuelle – il me fait me sentir vivante, et c’est très agréable. Mais il n’est qu’un stimulus, un révélateur d’une vie qui est constamment en mouvement à l’intérieur de moi – si je prends le temps de l’observer, de l’accueillir et de l’aimer.

Je me suis souvent retrouvée à utiliser mes relations amoureuses comme terrain d’évolution (croyance associée : « il faut souffrir pour apprendre et grandir, donc choisir des relations incompatibles est intéressant et utile ») ou d’expérimentation de mes talents (croyance associée : « être avec quelqu’un qui va mal est une occasion de pratiquer mon empathie et de servir à quelque chose en me faisant sa coach ou sa psy »).

Là encore, une manière pour moi de me sentir exister, de me sentir vivante, puisque je m’investissais à fond dans ces relations, et puisque les émotions qu’elles me faisaient ressentir nourrissaient une sorte d’addiction à l’intensité.

Parfois, l’intensité vient de l’instant présent et de l’énergie qui circule.

Parfois, l’intensité naît des émotions liées à l’histoire que je me raconte. C’est dans ce deuxième cas que je me fais du mal, si je m’accroche à cette histoire et à ces émotions comme étant « moi » alors qu’elles ne font que passer.

J’ai trouvé deux manières, aujourd’hui, de me reconnecter à la vie en moi, sans chercher à tout prix une relation sentimentale. 

Pour goûter l’instant présent, je médite, et je tente, durant la journée, d’être présente à mon souffle, à mes sensations, à ce que j’ai envie de faire sur l’instant. Je fais circuler l’énergie en dansant, en faisant du sport, du yoga, en créant, en chantant.

Pour accueillir et aimer les histoires qui affluent dans ma tête, je m’en divertis, et j’écris : des poèmes, des nouvelles de fiction… des chansons, aussi. Je sors tout ce que je pourrais ruminer, et je le transforme en quelque chose qui pourra potentiellement toucher d’autres personnes (même si, attention, quand je le fais, je le fais d’abord pour moi). Du coup c’est beau, ça me rend fière, et ça fait du bien aux autres. 

Goûter le présent, goûter les émotions, goûter l’intensité… tout cela, en moi.

C’est beau, comme nous sommes des univers à part entière.

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