J’ose la pause

Newsletter du 15 avril 2020

Depuis le début du confinement, je me suis sentie un peu trop sollicitée. Et puis aussi un peu coupable de ne pas plus contacter les un.e.s et les autres pour prendre des nouvelles. En fait, comme ça touche littéralement tout le monde – y compris mes amis de l’étranger – cela me submerge quand je pense au nombre de personnes qu’il « faudrait » que j’appelle.

Pourtant, il y a certain.e.s ami.e.s dont j’ai vraiment envie de sentir la présence – et qui, je le sais, me redonneront de l’énergie. C’est seulement quand je ne ressens aucune pression à appeler que l’envie peut revenir, d’elle-même, parce que je pense à la personne… 

Mais en ce moment, quelque chose en moi voudrait que le téléphone disparaisse, et Skype aussi, juste pour pouvoir être pleinement face à moi-même, et arrêter de me fuir sous prétexte de vouloir donner ou recevoir du soutien.

Etant donnée la période que nous vivons, j’ai conscience que cette part de moi défie les conventions et la bien-pensance. Mais elle me rappelle quelque chose d’important : je ne peux pas être disponible pour les autres si je ne suis pas d’abord présente à moi-même. Et la situation génère beaucoup de mouvement à l’intérieur. J’ai envie d’en prendre soin.

C’est marrant, parce qu’il y a quelques années, j’étais à l’inverse dans une quête permanente de contact avec les autres – dans mes moments libres, je cherchais du soutien et de la connexion à travers les textos, les appels ou les rencontres impromptus – tout pour éviter la solitude, et sentir que je pouvais être aimée. C’est seulement en faisant des retraites et certains voyages spirituels – comme le Népal – que j’ai commencé à sentir le sentiment de paix et de liberté que peut apporter la solitude.

Obligée, donc, aujourd’hui, de « faire le tri » dans mes interactions « virtuelles » avec l’extérieur, car je manque souvent d’énergie et sature vite… Tiens, ça me rappelle quelque chose. Il y a un an, le 17 avril 2019, je rentrais à Paris après un mois et demi à Barcelone, et un burnout. Dans la file d’attente de la sécurité de l’aéroport, je tenais à peine debout tant mes vertiges étaient violents.

Comment avais-je pu, moi, cette fille centrée qui fait de la méditation, cette fille joyeuse que les autres admirent, cette fille créative, spirituelle, intelligente, laisser mon corps et mes émotions dériver à ce point ?

Pendant les quelques mois de « récupération » qui ont suivi, la réponse m’est apparue comme une évidence : j’encaissais le coup après un an (2018) où j’avais ignoré les messages de mon intuition. Lors de ma rupture – quand j’ai enfin osé quitter une relation qui m’éloignait de moi-même et m’empêchait de briller pleinement – j’ai pris conscience d’un seul coup de ma détresse intérieure. Je m’étais tout simplement PERDUE. J’avais de la colère, de la rancune envers mon ex. Et en même temps, la réalité était si dure à accepter – car de nombreux rêves s’écroulaient – que je la fuyais, en me jetant dans des projets qui n’étaient pas les miens, en tentant à nouveau de m’intégrer dans une société qui n’avait pas les bras assez grands pour m’accueillir et me consoler.

Parce qu’en réalité, les seuls bras assez grands, c’était ceux de ma sécurité intérieure, du grand Tout à l’intérieur de moi que je contacte en méditant. Ces bras-là sont infinis, leur amour est inconditionnel.

C’est en m’y abandonnant, patiemment, jour après jour, que j’ai renoué avec mon intuition, que j’ai commencé à reprendre confiance et à voir mes talents. J’ai arrêté de vivre pour les autres et j’ai commencé à envisager sincèrement de faire ce que je voulais vraiment. 

Je vois trop de femmes autour de moi qui se retiennent d’être elles-mêmes et de marcher vers leurs rêves, parce qu’elles veulent faire plaisir à quelqu’un – un parent, un amoureux, un cercle d’amis – ou parce qu’elles pensent qu’elles n’y arriveront pas. Je rêve d’un monde dans lequel les femmes se sentent puissantes et confiantes d’être qui elles sont, de s’écouter et de s’exprimer.

Ma conviction est que chacun a un talent unique. Et la porte de mon intuition débouche sur le chemin de mon talent, qui est aussi, accessoirement, celle du plaisir, et celle qui me rend profondément épanouie.

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