C’est quoi une sorcière ?

Newsletter du 11 mars 2020

C’est quoi être une sorcière ? Je me le demandais tout à l’heure, en écoutant une des dernières chansons de Pomme sur ce thème.

Ces sorcières étaient des femmes hors-normes. Elles dérangeaient, parce qu’elles ne se comportaient pas comme les autres.

Pourquoi en parler au passé ? Peut-être parce que l’imaginaire les raccroche à ces personnages de conte, présentées comme des méchantes hideuses, qui concoctent des potions maléfiques, et jettent des sorts aux “innocents”.

Pourtant, les sorcières sont encore bien présentes, bien que cachées. 

La sorcière, c’est cette femme qu’on ne voit pas bien, qui est difficile à saisir. Cette femme un peu trop libre, qui ne se maquille pas, ne s’épile pas non plus – elle a mieux à faire. Cette femme qui sourit dans le miroir même si ses dents sont imparfaites. Cette femme qui passe plus de temps à expérimenter, à apprendre pour comprendre, à faire de l’introspection, qu’à passer des heures à se faire belle, ou à chercher l’attention des hommes. Ou bien qui quand elle se pomponne, s’amuse vraiment, ose l’originalité et la folie – et là, elle en fait “trop”.

C’est cette femme qui se permet de faire de sa créativité et de sa magie la priorité, avant les tâches ménagères, avant de faire de son foyer un endroit présentable et accueillant. Cette femme qui ne tue plus les araignées, parce qu’après tout, elles apportent une compagnie silencieuse et bienveillante à sa solitude consacrée. Cette femme qui s’autorise à rêver, à décliner les invitations, à s’enfermer dans son cocon secret pour couver sa prochaine invention, son prochain projet.

C’est cette femme intelligente, qu’on ne comprend pas trop, qu’on ne cerne pas parce qu’elle n’essaie de ressembler à personne, personne d’autre qu’elle-même. Cette femme qui ose être unique, au risque d’être raillée, rejetée ou ignorée.

C’est cette femme qui, parfois, fait de l’ombre aux hommes. Cette femme qui les dégoûtent, car trop peu apprêtée, car elle ne veut pas plaire par son charme physique et sa gentillesse, mais plutôt bousculer par ses idées et sa conscience. Et elle fait peur, cette femme, alors on la symbolise comme étant vieille et laide, repoussante, pour mieux l’éloigner et empêcher son pouvoir de toucher le coeur des gens. Car qui sait, ce pouvoir est si fort qu’il pourrait changer les choses… qu’il pourrait avoir un impact sur le monde, remettre en cause ses règles, les habitudes de toute une société… qui sait, alors, ce qui pourrait arriver ?

Cette femme est dangereuse. Elle a oublié son rôle, bien rangé, bien prévu à l’avance. Elle a fait comme si cette case qu’on lui imposait subtilement n’existait pas. Pas de subtilité pour elle, elle est libre. Et tant pis pour l’avis des autres, elle n’en a que faire. Peut-être qu’à un moment, elle y a accordé du crédit. Mais le jeu l’a vite lassée. Alors elle est revenue. Revenue à la vérité, la seule qui compte : celle qui lui vient de l’intérieur.

Ecrit le 7 mars 2020.

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