Toutes les parts de toi sont belles

Newsletter du 4 mars 2020

Hier soir, j’écris à un ami pour le remercier de la belle soirée que nous avons passés ensemble, avec deux autres compagnons : il nous avait accueilli chez lui pour une session de méditation. “Thank you for your light”, m’écrit-il. “Merci pour ta lumière”

Deux réactions se conjuguent intérieurement : un sentiment de connexion et de gratitude ; et en même temps, une légère frustration. “Et mon ombre, alors ? N’est-elle pas la bienvenue ?”

Parce que je m’efforce, depuis plusieurs année, d’écouter les aspects de moi et de comprendre qu’ils ont tous une belle intention à mon égard : celle de me protéger de la douleur, de me faire avancer, de m’aider en fait. Et même si certaines parts de moi me paraissent méprisables, faibles, fausses, manipulatrices, destructrices, dépendantes…  leurs actions viennent toujours d’un endroit blessé à l’intérieur.

Ces blessures, j’essaie, tant bien que mal, de leur faire de l’espace. De ne pas les ignorer simplement parce qu’elles sont moches à voir.

Cela fait écho avec une sensation que j’ai eue récemment en marchant dans les rues de Paris. Il y a beaucoup de mendiants, sur le pavé et dans le métro. Parfois, j’ai l’impression qu’il y en a de plus en plus. Ou peut-être que je les remarque davantage. C’est difficile de trouver l’attitude “juste” à adopter face à leur misère, qui est à la fois matérielle, sociale et psychologique. Je suis mal à l’aise, le plus souvent, de ne pas toujours donner, de parfois me contenter d’un sourire, d’un regard. Je m’efforce de m’ouvrir à la réalité que oui, ce sont des humains comme moi, et qu’ils méritent de l’amour et de l’attention. Tout en essayant de ne pas me laisser submerger par le constat de leur désespoir et de mon impuissance.

En même temps, je me dis souvent que mon impact n’est pas immédiatement visible, qu’il peut être subtil. Alors, je continue de leur offrir des sourires. Et parfois, je n’ai pas l’espace à l’intérieur, c’est déjà trop chargé, alors je passe sans regarder, en évitant leur regard et leurs sollicitations.

Il y a eu cette expérience, il y a un an. Je sortais du métro Cluny, après un weekend à pratiquer la communication nonviolente. J’avais une rose à la main, offerte par la formatrice à chaque participant. Je me sentais bien. En descendant de la rame, j’emprunte un couloir, et je vois un SDF. Je pense immédiatement à lui donner la rose, mais je me ravise “il a plus besoin de manger que d’une rose” pensé-je. A la seconde, il me dit “merci pour la rose, fallait pas”, d’un air complice et rieur. Surprise, je bafouille, mais je choisis de garder ma rose, tout en lui souriant pleinement et en le regardant dans les yeux. Alors que je m’éloigne, il me dit “ta présence me suffit”. Il rayonnait, et moi j’étais foudroyée par l’amour universel qui venait de circuler entre nous deux.

Aujourd’hui, j’ai fait le parallèle avec ce qui se passe en moi. Quelles parts de moi sont “mendiantes” à l’intérieur ? Quelles parts de moi je méprise, parce qu’elles semblent “faibles”, lâches, inintéressantes, parce qu’elles semblent me pousser vers l’échec, la faible estime de moi, la peur et la rancune ? Quelles parts de moi je n’arrive pas à regarder, parce qu’elles me mettent mal à l’aise, parce que je n’ai pas envie de leur donner de pouvoir sur moi, parce que je m’en méfie, parce que je ne veux pas me laisser déborder par leurs émotions, parce que je ne veux pas qu’elles m’influencent ?

Alors qu’en fait, elles ont juste besoin de ma présence. Je tâche de cultiver, chaque jour, les conditions pour que cette présence puisse rayonner, à l’intérieur de moi, dans toute ma complexité, et pour les autres. Certains jours, c’est plus facile que d’autres. J’apprends à danser avec tout cela.

Ecrit le 28/02/2020

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