L’âge adulte

Newsletter du 26 février 2020

La semaine dernière, j’ai été officiellement diplômée de l’école de commerce qui a hébergé mon statut d’étudiante pendant les cinq dernières années. Ça m’a fait bizarre. Honnêtement, je ne me retrouvais pas dans ce cortège de jeunes cadres dynamiques, pour la plupart bien casés dans leurs boîtes respectives. Ce défilé de robes et de chapeaux à l’américaine, c’était bien joli, un peu ridicule par moments, et drôle souvent.

La cérémonie était très longue, et nous n’avions rien à boire ni à manger. Il s’agissait vraiment d’un mélange entre une représentation factice et un rituel de passage. Au début, j’ai surtout jugé ce moment comme inutile, une perte de temps. Ce n’est qu’en faisant les pas pour recevoir mon diplôme en main propre, sur la musique solennelle, et en montant sur scène, que j’ai commencé à ressentir quelque chose. Et surtout, il y a eu un effet avant-après. Suite à la cérémonie, alors que j’étais dans les transports, et dans la soirée qui a suivi, c’est comme si je me sentais quelqu’un d’autre. Comme si j’avais gravi une marche, comme si j’étais à la fois plus forte et plus légère. D’avoir laissé ce passé derrière moi, tout en étant fière de tout ce que j’ai accompli – au-delà de l’école en elle-même, ces dernières années ont été fabuleusement riches en apprentissages divers, et en découverte de moi-même.
C’est étrange, d’ailleurs, mais j’ai fait une très belle rencontre : à côté de moi se trouvait une diplomante très originale, pleine de vie et d’humour, qui elle aussi semblait avoir dévié de l’autoroute classique, et racontait en riant sa décision de vivre à Bali pour être avec son copain, sans vraiment savoir ce qu’elle allait faire là-bas. Décidée à monter son projet, elle osait dire qu’elle redoutait la question « tu fais quoi dans la vie ? », car en pleine transition et passionnée par mille choses.

Ouf, je ne suis pas seule. Quelle chance y avait-il pour que, dans un amphithéâtre de 700 personnes, je me retrouve précisément à côté de quelqu’un avec qui je partageais tant de choses ? Car au-delà des points communs factuels, il y avait également un feeling incroyable, qui fit qu’en quelques minutes à peine j’avais l’impression qu’on était amies depuis toujours.

N’empêche, cela fait moins d’une semaine, et il s’est déjà passé tant de choses. 
De grandes prises de conscience, qui sont arrivées à point pour ce « passage à l’âge adulte » : redéfinir mon cercle d’amis, clarifier mes intentions professionnelles, mettre en place des plans d’action pour mes projets, me détacher de certaines relations qui me pompaient de l’énergie… oser dire ce qui est inconfortable, pour avancer plus sereinement et en intégrité.

Et puis, aujourd’hui, j’ai fait un pas de plus : j’ai déposé des manuscrits de mon recueil de poèmes, à des maisons d’édition. Oui, j’ose le partager, parce que cela me rend si fière de l’avoir fait ! Cela faisait plusieurs semaines que ça traînait, et plusieurs mois (en fait, presque un an) que l’idée avait germé dans mon esprit. Il a fallu du temps pour les rassembler, toutes ces poésies, pour les classer, les mettre en forme, pour constituer cette « compilation » et lui donner un sens compréhensible par le lecteur. 

Alors, je ne sais pas si ce sera une « réussite » – si l’on entend la réussite comme le fait de susciter un fort intérêt auprès d’un éditeur – mais au moins, je me suis jetée à l’eau. Les prochains sauts n’en seront que plus faciles. Et en effet, c’est tout ce qu’il me manque pour exercer mes talents : sauter. Faire le plongeon, encore et encore, jusqu’à ne plus avoir peur d’allonger la nuque, du premier contact avec l’eau, jusqu’à ce que l’aisance du geste naisse d’elle-même, sans pression du résultat.

Ces sauts, ils sont invisibles pour les autres. Mais qu’est-ce qu’ils sont puissants. Ils me donnent de l’énergie, de la confiance, nourrissent mes rêves et mes ambitions. Ils me font me sentir courageuse, guerrière, invincible. Et même quand ils me montrent ma vulnérabilité et ma peur, je vois bien qu’elles sont surmontables, qu’elles ne me tueront pas.
 
Il y a quelque chose de tellement plus grand à servir. Tant à exprimer, tant à offrir. Je n’ai plus de temps à perdre à me cacher, ni à faire des manières.

Je suis là, et c’est ok qu’on me voie.

Texte écrit le 14.02.2020

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