Je suis rentrée chez moi

Newsletter du 12 février 2020

Je suis rentrée chez moi. Vingt, vingt-cinq minutes de moto, dans le froid, derrière mon père qui m’a ramenée du concert. Concert dont j’ai loupé la moitié car arrivée quelques minutes en retard.

Sur la moto, mon regard tente de s’accrocher à quelque chose pour ne pas trop penser au froid qui tétanise mon corps. D’abord, la poignée gauche de la moto, puis la route. Nous sommes sur le périphérique. Ca va vite, c’est monotone, je ne vois pas grand chose à part les lueurs rouges des phares des voitures. Au bord de la chaussée, je ne distingue que peu de choses. Du béton. Des bâtiments trop grands, gris et laids pour être faits pour les humains. Et surtout, pas un seul arbre.

Et là me revient cette conversation que j’ai eue hier soir.

“Et toi, qu’est-ce qui te manque le plus de la Colombie ?” La première réponse qui coule de ma bouche, c’est “la nature”. Et très vite, “les merveilleuses personnes que j’y ai rencontré”.

C’est étrange, parce que j’ai passé la plupart de mon temps à Bogota, la capitale, et une ville immense (peut-être cinq fois plus grande que Paris, si ce n’est plus). Et pourtant, je me souviens encore de mon arrivée en janvier 2018 ; c’était le soir, il pleuvait, et j’arrivais malgré la nuit à observer la ville par la fenêtre du taxi. La première chose que j’ai remarqué, c’est qu’il y avait des arbres. Oui, des arbres dans la ville. Mais pas les mêmes arbres qu’à Paris. Plus grands, plus majestueux, non taillés, qui étendaient leurs branches avec aise.

Bon, après, j’ai pris conscience que Bogota était l’une des villes les plus polluées d’Amérique latine. 

Et puis, je crois que la chaleur humaine et la spontanéité de la vie là-bas, m’ont fait un peu oublier l’air vicié qui se dégageait de cette accumulation de pots d’échappement. C’est qu’à Bogota, il n’y a pas de métro : seulement des bus – les Transmilenios, et des taxis. Le trafic est donc monstrueux. J’avais oublié ce que c’était, jusqu’à ce que les grèves parisiennes récentes me le rappellent. La peur d’avoir un accident. Parce qu’à Paris, la patience n’est pas la qualité première des conducteurs. C’est étonnant comme tout individu, même non parisien, s’adapte rapidement à cette ambiance hostile, et se surprend à retourner les jurons qu’il reçoit gratuitement.

C’est en décidant d’organiser un concert cinq jours à l’avance que j’ai eu une piqûre de rappel sur la barrière culturelle que je vis en revenant en France. Ah oui, ici tout s’organise tellement tôt, de manière si rationnelle et contrôlée… C’est aussi ce qui a rendu les grèves si contraignantes, sans doute. Nous avons du mal à nous adapter. Ou du moins, nous le faisons en nous plaignant et en nous épuisant dans notre complainte. Ce que j’ai admiré des Colombiens, c’était cette sorte de résilience naturelle, cette capacité à se retourner, à accepter les imprévus et à profiter de la vie telle qu’elle se présente. Une sortie du vendredi soir n’était jamais définie avant… le soir-même. Le matin je ne savais pas ce qui se profilait. Ou j’avais quelques idées, mais rien n’était acté. Et les horaires qui ne comptaient pas, puisque le temps s’étirait et semblait perdre sa substance. L’instant présent. 

Si présent que cela en devenait parfois insécurisant, parce que faire tenir quelque chose sur la durée, prendre un engagement ou le demander à l’autre, devient alors un vrai défi.

Est-ce seulement culturel ?

Y a-t-il un équilibre entre suivre son intuition quotidienne, ses envies du moment ; et s’engager pleinement et durablement ? 

Sans doute. 

Encore faut-il faire confiance. Puisque finalement, c’est de ça dont il s’agit, non ? Pour avancer sereinement, quel que soit le mode d’action, qu’il soit à court terme ou à long terme, il faut cultiver cette foi en soi et en la vie. Parce qu’en réalité, je suis convaincue que quel que soit le modèle que je décide de suivre ou de créer, j’ai un impact. 

Mais le fait de le goûter, d’en profiter, de l’assumer et de lui donner vie, c’est un choix qui m’appartient. 

Finalement, il est là mon pouvoir : dans l’instant présent, dans l’authenticité, et quand j’avoue que “je ne sais pas”.

Ecrit le 24 janvier 2020.

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