L’urgence de ralentir

Newsletter du 22 janvier 2020.

C’est quand il y a trop à faire qu’il est urgent de ralentir. Autrement dit, comme dit le Dalai Lama : si vous avez le temps, méditez une heure ; si vous n’avez pas le temps, méditez deux heures.

Alors, oui, c’est contre intuitif. Mais en réalité c’est là qu’on gagne en productivité.

Au moment où je me rends compte que j’ai trop à faire, c’est que je suis décentrée. Quelque chose en moi est préoccupé, inquiet, parce que je voudrais pouvoir “tout” faire en un temps limité. 

L’urgence, donc, c’est de revenir à moi. La méditation est une façon de le faire, car elle ramène à l’instant présent en me faisant suivre le mouvement de ma respiration, de mes sensations corporelles, de mes pensées et émotions. Tout cela va et vient, et je peux l’observer dans le présent. 

Alors que ma liste de tâches, elle n’a rien de réel. Tant que je ne suis pas dans la tâche elle-même, en train de la vivre pleinement et entièrement, elle n’existe pas. 

Il y a une semaine, j’ai fait une indigestion, et je me suis rendue compte que je faisais beaucoup trop par rapport à ce que mon corps pouvait endosser. Que je me mettais une pression énorme, aussi, parce que je voulais accomplir plusieurs gros projets, et tout faire avec une grande qualité… 

Alors, une fois de plus, j’ai dû ralentir. Et comme je n’avais pas écouté suffisamment, mon corps m’y a forcé, par l’épuisement, l’étourdissement même – un manque d’ancrage, voire des vertiges par moments.

Je l’ai déjà vécu, ça. Maintenant, je le connais, je le reconnais. Donc j’ai un peu moins peur. Et pourtant, la répétition de ces symptômes m’alertent : cette fois, mon action doit être vraiment guidée par mon intention. Je ne veux plus faire les choses à moitié ; je dois lâcher cette part de moi qui, par orgueil, refusait de reconnaître que certains projets entrepris n’étaient pas (ou plus) alignés avec moi, refusait de lâcher certaines responsabilités, de “renoncer”, d’admettre que je me suis trompée.

C’est que, dans mon enfance et mon adolescence, je n’ai pas eu pour coutume de “me tromper”. Excellente élève, travailleuse et organisée, j’ai longtemps été l’enfant modèle, si bien que mes parents étaient confiants par rapport à mon avenir. Si, à quelques moments de ma scolarité, je rencontrais des difficultés dans certaines matières, le problème était pris à bras le corps afin que mes notes rejoignent un niveau correct : un professeur particulier, une attention plus fine à mon évolution, pour “rectifier le tir”.

Les quelques fois où j’ai essuyé de très mauvaises notes, j’ai eu honte. Très honte. Comme si c’était de ma faute, comme si j’étais en échec, nulle. Après tout, c’est comme ça que nous éduquent nos professeurs : c’est bien, ou très bien, ou c’est moyen, ou c’est nul. 

L’erreur, je crois, c’était de m’identifier à ma performance – ce que je fais encore parfois, bien-sûr. De croire que si ma performance n’était pas satisfaisante pour l’autre, alors ma personne serait moins respectée, appréciée, aimée. 

Aujourd’hui, j’essaie de voir l’essai-erreur comme un jeu, qui réserve des surprises, et dans lequel je n’ai pas le contrôle. Cela fait que je commence certains projets avec enthousiasme, pour les arrêter quelques mois plus tard parce que j’ai fait fausse route, et que l’envie est allée vers autre chose. Alors cela décontenance parfois mes parents – qui avaient, les pauvres, construit autour de moi une image de quelqu’un de “sérieux” – qui s’étonnent de me voir arrêter des choses qui, il y a quelques temps encore, me mettaient des étoiles dans les yeux. Le changement permanent qui anime ma vie en ce moment est aussi déconcertant, et remet en question certaines valeurs, comme la cohérence et la persévérance… 

Et pourtant. Et pourtant une chose est sûre : je n’ai jamais perdu ma détermination, une qualité qui s’est exprimée très tôt chez moi. Et la cohérence, elle est là malgré tout : elle se tisse, au fil des expériences, qui sont toutes reliées entre elles quoi qu’on en dise ; elle est complexe, et pourtant si vivante. Parce que je suis composée d’un mélange de conditionnements qui tendent à étouffer mon intuition, cela prend du temps de débroussailler, de faire le tri entre les différents choix que j’ai faits. 

Cet élaguage n’est pas toujours confortable, puisqu’il implique de se confronter aux regards ébahis des gens à qui j’avais dit m’orienter vers la psychologie (en mode université classique) il y a six mois, à qui j’avais présenté un projet entrepreneurial que j’ai aujourd’hui très clairement mis de côté… 

Et d’assumer que cohabitent deux choses en moi. Premièrement, de la clarté : je sais ce qui fonctionne et ne fonctionne pas pour moi, dans les modes de travail ; je sais quel style de vie m’attire. Deuxièmement, de l’incertitude : je ne contrôle pas exactement comment ça va se passer pour que je puisse en effet vivre la vie dont je rêve, tant dans le professionnel que dans le personnel. J’ai donc des éléments de réponse, et ce qui me permet d’avancer, c’est d’accepter que j’ai pu me tromper, de faire le tri, d’essayer encore, de m’ouvrir aux pistes que la vie m’offre. 

En fait, j’ai l’impression de vivre déjà des expériences merveilleuses, qui se révèlent à mesure que mon quotidien se déroule. Je sais que je peux accomplir encore mieux, en transmettant davantage, en offrant au monde mes talents. 

Et pour ça, j’ai des choses à lâcher : la peur de ce que les autres penseront ou diront, la peur de briller et de générer des envieux, la peur de perdre des personnes en étant moi-même.

Et finalement, c’est OK, car je n’ai envie d’être en lien proche qu’avec des personnes qui m’aiment et m’acceptent à 100% telle que je suis – et avec qui j’arrive à faire de même. 

Comme toi, par exemple, qui lis cette newsletter. On est peut-être ami.e.s, ou juste on se connaît, ou tu me connais sans que je te connaisse vraiment. Mais si tu es là, c’est que ce que je dis te parle, c’est que tu es peut-être en quête d’authenticité, en quête de toi-même. Tout ce que je peux faire pour te soutenir dans ça, c’est d’être moi à 100%. Avec l’imperfection, avec la complexité et les paradoxes, avec les trucs qui frottent. Parce que je sais que tu en as, toi aussi. Et que tu n’aimes pas être seul.e avec ça, pas vrai ?

Ecrit le 19 janvier 2020.

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