J’apprends à dire non

Newsletter du 15 janvier 2020.

Hier, mercredi, je rentrais de dix jours de déconnexion : une retraite ressourçante et dynamisante en Ardèche, puis quelques jours à Lyon et Grenoble pour retrouver diverses amitiés.

Alors que je transitionnais doucement, l’esprit un peu confus de tant de richesses humaines et spirituelles, j’ai commencé à recevoir différentes sollicitations. Des propositions de missions, notamment. Et puis, en rallumant mon portable le 3 janvier, après six jours sans le consulter, tous les messages de certains groupes WhatsApp que je n’ai toujours pas osé quitter.

Après avoir dit oui à une proposition de mission, sans vraie conviction mais avec la pensée “ça me fera un peu d’argent”, je me suis rendue compte que ce n’était pas vraiment aligné pour moi : j’allais prendre mon vélo, travailler deux heures pour gagner 40 euros, rentrer fatiguée, et manquer d’énergie pour mes autres activités. 

Parfois c’est difficile de dire non, parce qu’il y a toujours cette petite peur qui veut me faire croire que je ne trouverai pas mieux. Que je ne peux pas gagner plus d’argent ET faire ce que j’aime ET avoir de l’énergie. Cette petite voix qui me rabaisse, j’essaie de ne plus la croire.

Car aujourd’hui, je sais bien – l’expérience me le montre – que quand je dis non à quelque chose ou à quelqu’un, je dis oui à autre chose. A ma liberté, aux projets qui me mettent vraiment en joie.

Parfois, je touche aussi de la culpabilité : cette fameuse voix qui me dit que c’est indécent de profiter de mes privilèges pour faire ce que j’aime et aller à mon rythme. Cette voix qui me traite de feignasse qui ferait mieux d’aller faire un travail qui ne me convient pas pour “apprendre la vraie vie”. Et qui ne prend pas en compte ma santé fragile ni ma haute sensibilité qui m’empêchent de dépenser mon énergie dans des activités qui ne font pas sens (voire qui me semblent absurdes). 

Et puis, aujourd’hui, il y a eu une grande vague émotionnelle : celle qui me prend souvent quand je rentre à nouveau en contact avec Paris et sa circulation – oui, j’ai repris mon vélo. L’absurdité qui m’a frappée littéralement, puisque j’ai vécu un petit incident – une voiture qui m’a frôlée alors même que je venais de laisser passer une camionnette des urgences, puis une autre qui me klaxonne parce que je ne bouge pas assez vite, alors même que j’étais sous le choc. L’absurdité, oui, de cette vie à cent à l’heure, où la patience n’existe plus, où c’est la loi du plus fort qui règne et où rien ne peut arrêter l’agressivité qui permet aux citadins de “tenir” sous la pression.

Pendant ces vacances, je me suis rendue compte d’à quel point j’avais besoin de ralentir et de me détendre. De prendre le temps, mon temps, d’écouter mes rythmes. Je sais, j’en parle souvent. Je l’ai ressenti physiquement, à travers certaines pratiques corporelles qui, par leur lenteur et leur subtilité, m’ont fait redécouvrir une sensation de légèreté et d’énergie que je n’avais pas senties depuis bien longtemps.

Dire non, pour moi, ce sera donc aussi, bientôt, dire au revoir à cette belle capitale, dire au revoir à Paris. Qui me nourrit et me tue tout à la fois. Comme une relation passionnelle. Toxique, peut-être ? Dépendance affective qui me consume à petit feu. 

Certes, il y a la diversité culturelle, artistique, tant et tant de scènes ouvertes, de belles personnes à rencontrer. Il y a l’Histoire, les ruelles toutes mignonnes, les flâneries du dimanche. Mais j’en découvre d’autres, des belles personnes, des chemins un peu plus verts et colorés, avec l’oiseau qui chante à la place du ronronnement des voitures et du métro sous mon plancher. 

Dire non, donc, pour pouvoir dire oui. Dire oui à moi, à la vie, l’écouter elle, qui a tant à m’apprendre. Dire oui à un mode de vie qui me corresponde vraiment, même si ça veut dire chercher, me perdre et me tromper. Dire oui à l’inconnu, avancer avec mes peurs, sans les nier. Dire oui à la critique, aux projections des autres, et marcher, un pas après l’autre, vers qui je suis vraiment. Non pas par égoïsme, mais parce que je sais que c’est en étant à ma place, plus détendue et alignée, que je pourrai vraiment aider les autres, les accompagner, leur apporter quelque chose. 

Ecrit le 9 janvier 2020.

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