Hors des sentiers battus

(Me) prouver qu’un autre système est possible

Newsletter du 17 décembre 2019.

Depuis un peu plus d’un mois, j’ai commencé à étudier la psychologie à l’Université. A distance, parce que pas envie de prendre le métro, pas envie d’être bloquée à un même endroit pendant cinq ans, pas envie de m’asseoir sur les bancs de la fac à écouter des cours magistraux.

Et finalement, je me retrouve face à des cours en PDF, à me demander pourquoi. Certains cours sont franchement intéressants, mais c’est un peu le loto. Parfois ils sont tout bonnement ennuyeux, bourrés de fautes d’orthographe, directement copié-collés d’un vieux manuel, parfois ils véhiculent des idées surprenamment dogmatiques. 

Je me rends compte que je n’arrive vraiment plus à m’adapter à ce système.

C’est fou, me dis-je intérieurement, que pendant des années j’aie pu lutter contre ce qui est vrai en moi, juste pour pouvoir m’intégrer. 

Qu’est-ce qui ne va pas dans ce système éducatif ? Il part de plusieurs postulats, que je n’arrive plus à cautionner. J’en détaillerai deux.

Le premier, c’est que certains détiennent le savoir, et que sous prétexte d’avoir un diplôme considéré comme “prestigieux”, ils font autorité, peuvent donner des conseils et influencer les autres. Donc, ce système se fonde sur une hiérarchie de fait, assise sur des siècles de construction d’un mode de pensée et de fonctionnement qui a pris le pouvoir sur nos cerveaux. Et qui nous dit : “Il y a une seule vérité, la voilà. Si tu veux être des nôtres, tu dois y adhérer et l’appliquer dans ta pratique professionnelle. Sans quoi tu seras bafoué, exclu, méprisé.” 

Le deuxième, c’est l’idée que nous vivons dans le manque (financier, intellectuel), et sommes si vides d’estime de nous-même que nous acceptons d’apprendre bêtement des informations de piètre qualité. Nous vendons notre intelligence et notre libre-arbitre pour pouvoir obtenir un diplôme et ne pas avoir à payer trop cher.

Qu’est-ce que ça donne, au long court, l’application de ces postulats à des milliers, millions d’individus ?

Ca donne, je crois, un sentiment répété de ne pas être assez bien, de ne pas faire assez bien. Ca donne, aussi, une perpétuelle quête pour atteindre un certain niveau social, un certain statut, dépendant de l’argent qu’on gagne ou de la notoriété. Et de l’autre côté, de la part de ceux qui ont atteint une forme de sécurité dans leur position professionnelle, un manque de responsabilité, puisque leur pouvoir semble garanti.

Le problème, c’est que cette mentalité est loin de n’exister que dans les établissements d’enseignement supérieur. Elle se propage sournoisement dans toutes les couches de la société. La culpabilité, qui nous touche dès qu’on fait les choses de manière non conventionnelle, sans avoir été “certifié”. Le manque de confiance, qui vient avant tout du fait que les gens n’ont pas appris à s’écouter eux-mêmes, mais à regarder des marionnettes jouer un rôle, que ce soit dans une salle de conférences, un bureau ou une vidéo. 

Pourquoi, en France, a-t-on besoin de demander de la “sécurité” de l’emploi ? Pour la maladie, pour la vieillesse, oui, cela fait sens. Mais finalement, on la demande aussi souvent parce qu’on voudrait ne pas avoir à se demander ce qu’on choisirait de faire, si on avait aucune certitude d’être payé, si on était pas sûr de garder sa place… C’est sans doute plus confortable de demander à être soutenu, et c’est normal, quand on a pas appris à se soutenir soi-même, et quand on a pas appris que rien n’était plus soutenant que d’écouter ce qui vibre vraiment en soi.

Aujourd’hui, je me questionnais par rapport à mes investissements financiers : j’ai payé environ 700 euros pour cette première année de licence de psychologie. Certains programmes en ligne qui m’intéressent coûtent entre 900 et 2000 euros, et durent entre trois et six mois, ou bien juste 7-8 vidéos que je peux faire en une semaine. Mais est-ce vraiment une question de temps ? On m’a fait croire que le temps c’était de l’argent. Aujourd’hui je n’y crois plus trop.

Aujourd’hui, je me rends compte que ce qui compte, c’est mon investissement à moi, non pas financier, mais intérieur : est-ce que je suis vraiment motivée pour suivre ce programme, ce cursus ? Qu’est-ce qui me donne envie ? Est-ce que j’y crois, est-ce que je suis convaincue par l’attitude et l’éthique de la personne ou des personnes qui animent ce programme ? Est-ce que je suis inspirée par l’intention globale qui transparaît ? 

Parce que, en fin de compte, ce qui fera une vraie différence, c’est que je me mette corps et âme dans mon apprentissage, que je l’embrasse, que je l’étreigne pleinement. Et pour ça, j’ai besoin de sentir qu’il fait écho à quelque chose en moi, qu’il me nourrit concrètement, dans mon quotidien, mes relations, mes professions (oui, j’en ai plusieurs).

Pour ça, j’ai besoin d’un système différent : de sortir du schéma de soumission à quelque chose de soi-disant plus grand/expérimenté/sachant que moi, et d’établir un nouveau modèle, de co-création et de collaboration. Avec de la réciprocité, avec de l’acceptation de ce que je suis, de la cohérence. Un système dans lequel je me respecte, dans lequel je me reconnais, dans lequel je suis en confiance parce qu’il y a une profonde compatibilité entre ma mentalité et celle de l’organisme ou de la personne qui m’offre un apprentissage. 

Au fond, c’est une façon pour moi de me prouver par l’expérience que je n’ai pas besoin de changer qui je suis pour m’intégrer, pour être aimée. C’est un moyen de découvrir que, oui, je suis toujours vivante et je contribue au monde même si mon diplôme et ce que je fais ne semblent pas cohérents aux yeux de LinkedIn et des recruteurs classiques. Je m’en fiche, en fait. Je ne veux pas être recrutée, sélectionnée, comme un produit sur un site de e-commerce, et mise dans un panier, enlevée, séquestrée dans un bureau, esclavagisée.

J’emploie des mots forts, et s’il ne plaisent pas à certaines personnes, c’est OK. Je prends position, je prends ma place, et ça me fait du bien. 

Ce que je veux vraiment, c’est rencontrer, pleinement, d’autres êtres humains, qui veulent réellement mon aide et ma contribution, dans une dynamique joyeuse d’échange et de confiance. Pas n’importe quels êtres humains en fait : ceux qui se sentent inspirés par moi, et qui m’inspirent ; ceux avec qui c’est fluide parce qu’ils cultivent en eux un mélange subtil d’humilité et d’assurance, parce qu’ils font réellement de leur mieux, sur le chemin ; ceux avec qui on rigole quand c’est difficile et que la réponse n’est pas encore arrivée ; ceux avec qui c’est évident que l’authenticité est indispensable. 

Eh oui, choisir l’authenticité. 

Pas parce que c’est la mode, ou parce que ça vend mieux, ou parce que la stratégie marketing l’a dit – marre de ces injonctions extérieures, de ces fausses autorités qui nous enferment et nous séparent les uns des autres.  

Juste parce que la vie a plus de goût ainsi.

© Aurélie Hartmann. Tous droits réservés.